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JULIETTE LA JOLIE 83 1

était debout, son ombrelle d'une main et de l'autre se tapotant les cheveux, par habitude. Certains jours elle ne pouvait pas tenir en place. Mais comment se faisait-il qu'aujourd'hui, veille du Quatorze Juillet, elle eût con- senti à venir travailler ? Elle avait de ces caprices. Elle partit tout de suite. Avec ses mâts tricolores plantés un peu partout, ses drapeaux, ses lampions qui n'attendaient plus que la nuit, la ville ne se ressemblait plus.

En traversant la grand'rue elle passa devant l'étude du notaire où travaillait le Louis. Elle ne pouvait pas siffler comme lui : elle toussa légèrement et il apparut à l'une des fenêtres du rez-de-chaussée. Ce n'était pas la première fois qu'en passant elle lui faisait signe de cette façon, mais il fallait pourtant qu'elle fût bien disposée.

— On ne te voit plus, dit-elle. Qu'est-ce que tu deviens donc ?

De joie il devint tout rouge.

— Oh ! Ce n'est pas ma faute, protesta-t-il. Si je pouvais j'irais tous les soirs près de toi.

Il faisait un grand effort pour prononcer cette simple phrase, mais aussi depuis le printemps il l'aimait trop. Elle n'était plus pour lui la gamine qui ressemble à toutes les autres, avec de longs cheveux et une robe, mais la jeune fille dont il ne pouvait, sans trembler, soutenir le regard. Il l'aimait. Il en était fier et un peu déconcerté. A part lui-même il s'enorgueillissait de la qualité de son amour. Il voyait les autres avec leurs gestes pesants, leur verbe haut, autour des jeunes filles, le Paul Nolot, par exemple, un de ces " gars " comme ils sont tous ici, plein de confiance en ses avantages et largement ceinturé de bleu.

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