Page:NRF 7.djvu/855

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


CHRONIQUE DE CAERDAL 849

Je ne fais rien d'un tableau si célèbre, ni d'un tel peintre : il ne me ravit pas à moi même. Rubens enfin est à Véronèse, ce que Lebrun est à Rubens. Véronèse est un Rubens qui a du goût ; et dans l'ordre des orateurs, pas un des plus grands n'est de sa taille. Mais si l'on hait l'éloquence, et qu'on ne se soucie pas d'orateurs .? Le roi du décor est le roi des peintres qui ne pensent pas. Il faut convenir que pour un peintre, voir profondément la nature, c'est penser. Certaine profondeur est nécessaire. Un portrait de Vélasquès est plein de pensée. L'excès de la sensation est pensée ; et là où la vie est intense, où elle éclate, par le mystère de la couleur, je dirais que la nature pense.

S'il arrive qu'on prenne Véronèse tel qu'il est, comme un jour de fête, il est alors un maître su- prême de ballet, dans un Olympe de théâtre, et l'on assiste avec lui aux noces argentées du Doge et de l'Adriatique. Je ferais faire, pourtant, à l'ombre de Watteau le voyage de Vérone, pour qu'il pût assister à l'admirable Concert du Musée. Cette fresque n'a pas gardé la fraîcheur première, sans doute, ni l'ardeur et l'élan de ses tons ; mais unique dans Véronèse, c'est une œuvre de poète : la joie des princes y chante, et le luxe, et la féerie de la vie heureuse.

§

Un parc dans une contrée sereine.

�� �