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862 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

devient une source propre d'activité, s'il nettoie de l'Acropole tour franque et minaret pour mettre de l'ordre dans sa con- ception professionnelle, (qui n'est autre ici que la conception commune, et, comme dit M. Barrés, l'état de 1900) il usurpe, et de toute la distance qu'il y a d'une châtaigne à une truffe. Quelle injustice ! Mais injustice qui nuit (et Platon triom- pherait) à celui là seul qui la commet. M. Barrés a écrit sur Une Impératrice de la Solitude, Elisabeth d'Autriche, des pages délicates. Et il s'étonnait qu'un être cultivé, devant une telle existence, pût demeurer insensible à ce charme de ballade allemande et de féerie. L'Achilleion de Corfou m'a fort désenchanté. Néanmoins je souscris et, pour s'émouvoir de cette vie, il n'est pas besoin de porter soi-même une couronne. Mais Henri Schliemann, ce héros naïf du pèlerinage classique, ne doit-il pas bénéficier de ces dispositions ? Son histoire dégage-t-elle moins de poésie, moins de ce charme de ballade allemande ? Dans son autobio- graphie hâbleuse, il s'est créé une légende (pas plus peut-être que M. Christomanos n'en a fourni une à la mémoire de l'Impéra- trice), mais avec un sens admirable de la légende. Quelle mine plantureuse d'idéal, que ce négociant soutenu, dans sa chasse aux millions, par sa foi en Homère, par l'espoir de retrouver, sous la terre, Troie !... Quelle confirmation stupéfiante de la foi par la vie, que l'or d'Ilion et de Mycènes jaillissant sous la pioche de ses ouvriers, que ces masques d'or désensevelis dans la ville d'Agamemnon, que toute une Grèce insoupçonnée livrée, par dessous la Grèce classique, à la lampe des chercheurs, tout un pan de l'histoire, une période d'art original et vivace incorporée du coup à la mémoire humaine, et la Providence qui penche ce fruit d'or vers la main, d'abord, de ce Mecklem- bourgeois, parce qu'ignorant de la science qui doute et de la critique qui dissout, il a gardé sur la lettre de son vieil Homère une certitude, une intacte candeur d'enfant charmé ! M. d'An- nunzio, à l'époque où son sens splendide de la beauté connais- sait quelque mesure, ne s'y trompa point, et dans la Ville

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