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898 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

qu'en Dieu. " Et en efFet, n'est-ce point un chrétien qui s'exprime ainsi :

Seigneur, dis-je, votre œuvre est belle et voici V heure. Père infiniment bon et sublime ouvrier, OU je voudrais des mots surhumains pour prier. Des vers religieux et purs comme les psaumes Qu'entonent sous le vent les pins aux vastes dômes. Par un hymne de joie et d'adoration. Rendre grâce à r auteur de la création. Oui, Seigneur ! . . .

Toutefois Guérin, ici encore, se sépare de Vigny. La strophe implacable du

S'// est vrai çu'au Jardin sacré des Ecritures,

n'a pas d'écho chez notre contemporain. L'anathème silencieux à Dieu n'y est pas plus que l'anathème aggressif à la nature et à la femme. Guérin fut un homme perpétuellement malheureux de la vie même. Il tenta la consolation en Dieu, avec espoir que Dieu lui rende ses caresses. Il demandait à être aimé plus qu'à aimer. Et voilà, je m'en flatte, la vraie formule de la faiblesse de cet homme, faiblesse qui fit sa demi-grandeur poétique.

Donc, quand on dit de Charles Guérin qu'il fut un constant disciple inspiré de Vigny il faut entendre : par le choix des sujets, par le métier même du travail littéraire, par une certaine similitude de santé physique et morale. Guérin, pour trancher, c'est Vigny au féminin.

J'ai parlé d'un très beau poème d'amour dont j'ai cité quelques vers, et pour lequel je réclamais une place d'anthologie en anthologie. Ai-je besoin de la réclamer pour un autre poème que chacun connaît ?

O Jammes, ta maison ressemble à ton visage.

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