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966 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

porte en son cœur un feu aussi ardent que celui qui brûle dans le mien. Vous m'absorbez en dépit de moi-même — vous seule. Car j'envisage sans aucun plaisir la perspective d'être ce qu'on appelle " établi " dans la vie ; les soucis domestiques me font trembler — et pourtant, je m'y adonnerais pour vous s'il le fallait ; de même que je mour- rais plutôt que de m'en occuper si je pensais qu'ainsi vous dussiez être plus heureuse.

Mon imagination a deux voluptés en pâture durant mes promenades : votre beauté et l'heure de ma mort. Oh ! que je puisse les posséder toutes deux à la même minute !

Je hais le monde : il coupe sans pitié les ailes à mon vouloir et je voudrais trouver sur vos lèvres le doux poison qui m'en ferait sortir à jamais. Je ne voudrais le prendre d'aucune autre.

Je m'étonne en vérité, en voyant mon indiffé- rence à l'égard de tout charme qui n'est pas le vôtre, me souvenant du temps oii le moindre bout de ruban excitait mon intérêt. Quels mots de douceur pourrais-je encore trouver pour vous, après cela . Je ne veux pas me relire. Je ne veux non plus en dire davantage ici, mais je répondrai postérieurement aux nombreuses choses dont vous me parliez dans votre lettre. — Je suis aujourd'hui distrait par mille pensées. — Je veux vous incarner, ce soir, dans Vénus, et prier, prier, prier votre étoile comme un païen !...

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