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LE MYSTÈRE DES SAINTS INNOCENTS 98 I

représenté, c'est l'activité de la méditation. Point d'objets ; des bouillonnements, des remous, ou plutôt des surgeons \ des sources en travail. Cette chose si belle : le sable remué, tournant, dansant dans les rondes éclosions de l'eau, c'est à quoi je pense sans cesse en lisant le Mystère des Saints Innocents. Je n'y trouve pas de peintures, de des- criptions, mais des nœuds de création et le bour- geonnement de la pensée. Tout y est en besogne et en train de se produire. C'est le prodige des formations que Péguy s'applique à exprimer; et il ne peut les exprimer qu'en les accompagnant, qu'en faisant foisonner autour d'elles ses paroles. Il est dans son œuvre comme au sein d'une troupe en marche. Comment se tiendrait-il ferme quand tout ce qu'il approche aussitôt s'ébranle, aussitôt entre en pèlerinage } Les idées partout à ses côtés pérégrinent et l'entraînent, chacune est un départ, l'entreprise d'un voyage. N'allons pas imaginer que cette œuvre ait le développement et le débit d'un grand fleuve. Non. Mais chacune des idées qui la composent s'avance, humble et irrésistible, comme un homme qui met peu à peu la route derrière lui, avec tout ce qui la borde de chaque côté. O poète voûté et têtu comme un chemineau, poète pauvre, tu ne t'entends pas à nous remontrer ce que tu as vu avec de belles images ; tes sens ressemblent à des vêtements

  • " Sources qui bouillonaez d'un surgeon sablonneux '*. Ronsard.

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