Page:Nerval - Choix de poésies, 1907, éd. Séché.djvu/51

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De la joie ou de la souflfrance
L’aiguillon ne peut in’émouvoir ;
Les biens que le vulgaire envie
Peut-être enibel’iront ma vie.
Mais rien ne me rendra l’espoir.
Du tronc à demi détachée
Par le souffle des noirs autans.
Lorsque la branche desséchée
Revoit les beaux jours du printemps
Si parfois un raj’on mobile.
Errant sur sa tête stérile.
Vient brillanter ses rameaux nus.
Elle sourit à la lumière ;
Mais la verdure printanière
Sur son iront ne paraîtra plus.




LÉNORE


(IMITÉ DE BURGER)


Le point du jour brillait à peine que Lénore
Saute du lit : « Guillaume, es-tu fidèle encore,
Dit-elle, ou n’es-tu plus ? C’était un officier
Jeune et beau, qui devait l’épouser ; mais, la veille
Du mariage, hélas ! le tambour le réveille
De grand matin ; il s’arme et part sur son coursier.

Depuis, pas de nouvelle, et cependant la guerre.
Aux deux partis fatale, avait cessé naguère.
Les soldats revenaient, avec joie accueillis :
« Mon mari ! mon amant ! mon fils !… Dieu vous renvoie. »
Tout cela s’embrassait, sautait, mourait de joie…
Lénore seule, en vain, parcourait le pays.

L’avez-vous vu ?… — Non. — Non. — Chacun a sa famille.
Ses affaires… Chacun passe. — La pauvre fille
Pleure, pleure et sa mère accourt, lui prend la main :
« Qu’as-tu, Lénore ? — Il est mort, et je dois le suivre ;
Nous nous sommes promis de ne pas nous survivre…
— Patience ! sans doute il reviendra demain.