Page:Nerval - Choix de poésies, 1907, éd. Séché.djvu/60

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Des chevaux, de la route et des fouets étourdi.
L’œil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, —
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre.
De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »




UNE ALLÉE AU LUXEMBOURG


Elle a passé, la jeune fille.
Vive et preste comme un oiseau :
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait ;
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclairerait !…

Mais non, — ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m’a lui, —
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait — il a fui !




NOTRE-DAME DE PARIS


Notre-Dame est bien vieille ; on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître.
Mais, dans quelque mille ans, le temps fera broncher
Comme un loup fait d’un bœuf ; cette carcasse lourde.
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent lourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher.