Page:Nerval - Voyage en Orient, I, Lévy, 1884.djvu/13

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VOYAGE EN ORIENT

INTRODUCTION

À UN AMI


I — L’ARCHIPEL


Nous avions quitté Malte depuis deux jours, et aucune terre nouvelle n’apparaissait à l’horizon. Des colombes — venues peut-être du mont Éryx — avaient pris passage avec nous pour Cythère ou pour Chypre, et reposaient, la nuit, sur les vergues et dans les hunes.

Le temps était beau, la mer calme, et l’on nous avait promis qu’au matin du troisième jour, nous pourrions apercevoir les côtes de Morée. Faut-il l’avouer ? l’aspect de ces îles, réduites à leurs seuls rochers, dépouillées par des vents terribles du peu de terre sablonneuse qui leur restât depuis des siècles, ne répond guère à l’idée que j’en avais encore hier en m’éveillant. Pourtant, j’étais sur le pont dès cinq heures, cherchant la terre absente, épiant, à quelque bord de cette roue d’un bleu sombre que tracent les eaux sous la coupole azurée du ciel, attendant la vue du Taygète lointain comme l’apparition d’un