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VOYAGE EN ORIENT.

gieuses étaient vêtues d’écarlate, et portaient, en outre, des surplis de coton clair un peu plus courts ; leurs cheveux pendaient sur leurs épaules. La première tenait le livre des cérémonies ; la seconde, une aumusse de fine soie ; les autres, une châsse d’or, le cécespite ou couteau du sacrifice, et le préféricule, ou vase de libation ; la septième portait une mitre d’or avec ses pendants ; une plus petite tenait un cierge de cire vierge ; toutes étaient couronnées de fleurs. L’aumusse que portait la prieuse s’attachait devant le front à un fermoir d’or incrusté d’une ananchite, pierre talismanique par laquelle on évoquait les figures des dieux.

La prieuse fit approcher les amants d’une citerne située au milieu du temple, et en ouvrit le couvercle avec une clef d’or ; puis, en lisant dans le saint livre à la clarté du cierge, elle bénit l’huile sacrée, et la répandit dans la citerne ; ensuite elle prit le cierge, et en fit tourner le flambeau près de l’ouverture, disant à Polia : « Ma fille, que demandez-vous ? — Madame, dit-elle, je demande grâce pour celui qui est avec moi, et désire que nous puissions aller ensemble au royaume de la grande Mère divine pour boire en sa sainte fontaine. » Sur quoi, la prieuse, se tournant vers Polyphile, lui fit une demande pareille, et l’engagea à plonger tout à fait le flambeau dans la citerne. Ensuite elle attacha avec une cordelle le vase nommé lépaste, qu’elle fit descendre jusqu’à l’eau sainte, et en puisa pour la faire boire à Polia. Enfin, elle referma la citerne, et adjura la déesse d’être favorable aux deux amants.

Après ces cérémonies, les prêtresses se rendirent dans une sorte de sacristie ronde, où l’on apporta deux cygnes blancs et un vase plein d’eau marine, ensuite deux tourterelles attachées sur une corbeille garnie de coquilles et de roses, qu’on posa sur la table des sacrifices ; les jeunes filles s’agenouillèrent autour de l’autel, et invoquèrent les très-saintes Grâces, Aglaïa, Thalia et Euphrosine, ministres de Cythérée, les priant de quitter la fontaine Acidale, qui est à Orchomène, en Béotie, et où elles font résidence, et, comme Grâces divines, de venir