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VOYAGE EN ORIENT.

prendre une seconde épouse dans le seul espoir d’avoir des enfants ; pour le même motif, il peut en prendre jusqu’à quatre. Mais, en général, c’est l’inconstance qui est la passion principale de ceux qui s’adonnent à la polygamie ou aux divorces fréquents ; peu d’hommes font usage de cette faculté, et l’on rencontre à peine un homme sur vingt qui ait deux femmes légitimes.

Lorsqu’un homme déjà marié désire prendre une deuxième épouse femme ou fille, le père de cette dernière, ou la femme elle-même, refusent de consentir à cette union, à moins qu’il ne divorce préalablement avec sa première femme ; on voit par ceci que les femmes, en général, n’approuvent pas la polygamie. Les hommes riches, ceux dont les moyens sont bornés, et même ceux de la classe inférieure, donnent à chacune de leurs femmes des maisons différentes. L’épouse reçoit, ou peut exiger de l’époux, une description détaillée du logement qui lui est destiné, soit dans une maison seule, soit dans un appartement qui doit contenir une chambre pour coucher et passer la journée, une cuisine et ses dépendances ; cet appartement doit être ou doit pouvoir être séparé ou clos, sans communication avec aucun des appartements de la même maison.

La seconde femme est, comme nous l’avons dit, nommée durrha (ce mot veut dire perroquet, et est peut-être employé dérisoirement) ; on parle souvent des querelles qu’elles suscitent, chose assez concevable ; car, lorsque deux femmes se partagent les attentions et l’affection d’un seul homme, il est rare qu’elles vivent ensemble en bonne harmonie. Les épouses et les esclaves concubines, vivant sous le même toit, ont aussi souvent des disputes. La loi enjoint aux hommes qui ont deux femmes ou davantage d’être absolument impartiaux à leur égard ; mais la stricte observation de cette loi est bien rare.

Si la grande dame est stérile, et qu’une autre épouse, ou même une esclave, donne un enfant au chef de la famille, souvent celle-ci devient la favorite de l’homme, et la grande dame est méprisée par elle, comme la femme d’Abraham le fut par