Page:Nettement - Histoire de la littérature française sous la restauration 1814-1830, tome 1.djvu/250

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


théâtre de Shakspeare sur notre scène, et si le traducteur d’Hamlet du Roi Léar et de Macbeth, pour se conformer aux habitudes de notre littérature dramatique et aux idées de son temps, avait rogné les ongles et les serres du vieil aigle britannique, un grand acteur[1], en étudiant ses rôles dans l’original, lui rendait par son jeu une partie de ce que le traducteur lui ôtait. En outre un esprit fin spirituel, indépendant, que nous avons rencontré à la fin de l’empire, étudiant à la dérobée l’éloquence parlementaire dans les discours de Pitt, Fox, Burke et Sheridan, M. Villemain, appelé à tenir dans la critique littéraire la même place que M. Guizot dans l’histoire et M. Cousin dans la philosophie, devait bientôt présenter des réflexions justes et neuves sur la littérature anglaise. Pour tout couronner, la paix générale, en faisant tomber les barrières morales et politiques qui nous séparaient de l’Angleterre, allait favoriser l’action de circonstances nouvelles qui ouvraient à l’influence des idées anglaises les portes de notre littérature.

Les similitudes de gouvernement établies par la charte de 1814 entre les deux pays les approchaient par une espèce de parenté politique. L’Angleterre, qui nous avait devancés dans le gouvernement représentatif, posait devant nous comme une sœur aînée, et la France, depuis l’introduction d’une constitution à l’anglaise, se trouvait portée à tourner les yeux vers un

  1. Talma.