Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/203

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C’est pourquoi je ménage les vaniteux, puisqu’ils sont les médecins de ma mélancolie, et puisqu’ils m’attachent à l’homme comme à un spectacle.

Et puis : qui mesure dans toute sa profondeur la modestie du vaniteux ! Je veux du bien au vaniteux et j’ai pitié de lui à cause de sa modestie.

C’est de vous qu’il veut apprendre la foi en soi ; il se nourrit de vos regards, c’est de votre main qu’il mange l’éloge.

Il croit encore en vos mensonges, dès que vous mentez bien sur son compte : car au fond de son cœur il soupire : « Que suis-je ? »

Et si ceci est la vraie vertu qui ne sait rien d’elle-même, eh bien ! le vaniteux ne sait rien de sa modestie ! —

Mais ceci est ma troisième sagesse humaine que je ne laisse pas votre timidité me dégoûter de la vue des méchants.

Je suis bienheureux de voir les miracles que fait éclore l’ardent soleil : ce sont des tigres, des palmiers et des serpents à sonnettes.

Parmi les hommes aussi il y a de belles couvées d’ardent soleil et chez les méchants bien des choses merveilleuses.

Il est vrai que, de même que les plus sages parmi vous ne me paraissaient pas tout à fait si sages : ainsi j’ai trouvé la méchanceté des hommes au-dessous de sa réputation.

Et souvent je me suis demandé en secouant la tête : pourquoi sonnez-vous encore, serpents à sonnettes ?