Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/276

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C’est le jaune intense et le rouge chaud que mon goût désire, — il mêle du sang à toutes les couleurs. Mais celui qui crépit sa maison de blanc révèle par là qu’il a une âme crépie de blanc.

Les uns amoureux des momies, les autres des fantômes ; et tous également ennemis de la chair et du sang — comme ils sont tous en contraires à mon goût ! Car j’aime le sang.

Et je ne veux pas demeurer où chacun crache : ceci est maintenant mon goût, — je préférerais encore vivre parmi les voleurs et les parjures. Personne n’a d’or dans la bouche.

Mais les lêcheurs de crachats me répugnent plus encore ; et la bête la plus répugnante que j’aie trouvée parmi les hommes, je l’ai appelée parasite : elle ne voulait pas aimer et elle voulait vivre de l’amour.

J’appelle malheureux tous ceux qui n’ont à choisir qu’entre deux choses : devenir des bêtes féroces ou de féroces dompteurs de bêtes ; auprès d’eux je ne voudrais pas dresser ma tente.

J’appelle malheureux aussi ceux qui sont obligés d’attendre toujours, — ils me sont contraires, tous ces péagers et ces épiciers, ces rois et tous ces autres gardeurs de pays et de boutiques.

En vérité, j’ai aussi foncièrement appris à attendre, — mais à m’attendre, moi. Et j’ai surtout appris à me tenir debout, à marcher, à courir, à sauter, à grimper et à danser.

Car ceci est ma doctrine : qui veut apprendre à voler un jour doit d’abord apprendre à se tenir debout, à marcher, à courir, à sauter, à grimper et à danser: on n’apprend pas à voler du premier coup !