Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/112

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atrophiés et que nous savons encore réagir contre de pareilles piqûres. Car l’ensemble du livre témoigne de ce manque de tout ce qui est choquant — je veux dire de tout ce qui est productif — qualité positive reconnue aujourd’hui chez le prosateur classique. La sobriété et la sécheresse extrêmes, une sobriété conquise par la faim, éveillent aujourd’hui, chez les masses cultivées, l’idée artificielle qu’il y a là une preuve de santé, en sorte que l’on peut appliquer là ce que dit l’auteur du Dialogus de oratoribus : « illam ipsam quam iactant sanitatem non firmitate sed ieiunio consequuntur ». C’est pourquoi les masses cultivées haïssent avec une unanimité instinctive toute firmitas, parce qu’elle témoigne d’une toute autre santé que la leur, et elles cherchent à mettre en suspicion la densité rigide, la force fougueuse des mouvements, la plénitude et la délicatesse dans le jeu des muscles. Elles ont convenu de retourner la nature et le nom des choses et de parler dès lors de santé partout où nous voyons de la faiblesse, de maladie et d’exaltation, là où nous voyons de la santé véritable. C’est en vertu de ce principe que l’on considère David Strauss comme un « classique ».

Si cette sobriété était au moins une sobriété sévèrement logique ! Mais c’est précisément la simplicité et la rigidité dans la pensée que ces « faibles » ont perdues et, entre leurs mains, le langage lui-même s’est effiloché jusqu’à l’illogique. Que