Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/218

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encore comme quelque chose de superflu. Il n’a pas affirmé cela. Par contre, il a implanté dans les générations pénétrées de sa doctrine cette admiration pour la « puissance de l’histoire » qui, pratiquement, se transforme, à tout instant, en une admiration toute nue du succès et qui conduit à l’idolâtrie des faits. Pour ce culte idolâtre, on a adopté maintenant cette expression très mythologique et de plus très allemande : « Tenir compte des faits. » Or, celui qui a appris à courber l’échine et à incliner la tête devant la « puissance de l’histoire », celui-là aura un geste approbateur et mécanique, un geste à la chinoise, devant toute espèce de puissance, que ce soit un gouvernement, ou l’opinion publique, ou encore le plus grand nombre. Il agitera ses membres d’après la mesure qu’adoptera à une « puissance » pour tirer ses ficelles. Si chaque succès porte en lui une nécessité raisonnable, si » tout événement est la victoire de la logique ou de l’idée » — eh bien ! qu’on se mette vite à genoux et que l’on parcoure ainsi tous les degrés du « succès » ! Comment, il n’y aurait plus de mythologies souveraines ? Comment, les religions seraient en train de s’éteindre ? Voyez donc la religion de la puissance historique, prenez garde aux prêtres de la mythologie des idées et à leurs genoux meurtris ! Toutes les vertus ne forment-elles pas, elles aussi, un cortège à cette nouvelle foi ? Ou bien n’est-ce pas du désintéressement quand l’homme