Page:Nietzsche - Humain, trop humain (2ème partie).djvu/344

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avoir trouvé le moyen pour rendre impossible cette « résurrection au troisième jour » que l’on pratique si volontiers avec les idées réfutées. — Il se trompe, car c’est précisément sur le terrain de la honte, au milieu des immondices, que, du noyau de l’idée, poussent rapidement des germes nouveaux. — Il ne faut donc, à aucun prix, ni conspuer, ni railler ce que l’on se propose d’abolir définitivement, mais bien le poser respectueusement sur de la glace toujours renouvelée, en considérant que les idées ont une vie très dure. Il s’agit ici d’agir selon la maxime : « Une réfutation n’est pas une réfutation. »

212.

Sort de la moralité. — La contrainte des esprits étant en train de diminuer, il est certain que la moralité (c’est-à-dire la façon d’agir héréditaire, traditionnelle et instinctive, conformément à des sentiments moraux) diminue également : mais non point les vertus particulières, la modération, la justice, la tranquillité d’âme, — car la plus grande liberté pousse involontairement l’esprit conscient à ces vertus et les recommande aussi à cause de leur utilité.

213.

Le fanatique de la méfiance et sa garantie. — L’Ancien : Tu veux tenter l’impossible et instruire les hommes en grand ? Où est ta garantie ? — Pyrrhon : La voici : je veux mettre les hommes en garde contre moi-même, je veux confesser publiquement