Page:Nizan - Les Chiens de garde (1932).pdf/68

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mais il faut redresser le jugement, comme l’esprit doit redresser le bâton apparemment brisé dans l’eau. La guerre possédait un sens éthique qui rachète ses apparences. La guerre devenue Idée, l’objet guerre disparaît. La guerre ne fut point cette série de combats, d’incendies, cet entassement de morts répugnantes, de jours d’ennui et d’assassinats, ces vagues de gaz, ces couteaux des nettoyeurs de tranchées, cette vermine et cette crasse humaines que les combattants connurent, mais la lutte du Droit contre la Force, mais la bataille de Descartes contre Machiavel, de M. Bergson contre la machine allemande. Non point un jeu sanglant au profit des fabricants d’armes mais une croisade philosophique, mais une bataille d’esprits.[1]

Le colonialisme n’est pas un mal en soi. Son essence n’est pas révoltante : il vise de grands biens. Les déviations, les excès, les meurtres, les expropriations, les insultes attestent l’existence d’un mauvais colonialisme qui n’attente point à la dignité de la colonisation vraie. Les socialistes, derniers inventeurs des pensées bourgeoises, seront promptement les meilleurs maîtres de ces nuances. À dire vrai le système général d’exploitation qui embrasse la plus grande partie de la terre comporte encore certains maux — la nature de l’homme encore n’est pas toujours belle — mais enfin, pourvu que l’on sache voir, le bien des indigènes coïncide avec l’intérêt des colons, des administrateurs, des adjudants de coloniale, des missionnaires. Quel poids pèseront quelques erreurs coloniales au regard des grandes idées de « tutelle », de « libération », au regard de cette « mission d’une haute portée morale que les nations les plus avancées exercent au nom de l’Humanité tout entière ».[2]

  1. Cf. note I.
  2. A. Cuvillier, Manuel de Philosophie, tome II