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LA LUMIÈRE DES JOURS


Comme un lis offre son odeur,
Comme un figuier porte sa figue,
Je te présenterai mon cœur
Sans jamais sentir ma fatigue ;

Je prendrai, dans ma main qui luit,
Les heures, si belles chacune ;
Je me reposerai la nuit,
Quand vient la pâle et morne lune :

Tant que ta face brillera,
Je serai debout, éblouie,
Amoureuse par l’odorat,
Par le regard et par l’ouïe.

Une montagne en diamant,
Les glaciers, la neige épandue
Ne boiraient pas plus âprement
Ta douce lumière tendue.

Que ne puis-je lutter pour vous
A l’heure où l’ombre vous attaque,
Vous voile et vous perce de coups,
Ô soleil de l’île d’Ithaque !

Mais quelquefois, divin soleil,
Penchez-vous plus près de ma bouche,
Inclinez votre front vermeil
Que je vous respire et vous touche !