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EMBRASEMENT

Entends-tu que leurs os sous la terre tressaillent
Comme les lierres secs sur les vieilles murailles ?
Mais je plains surtout ceux qui, plus morts que les morts,
Voyant les beaux désirs s’éloigner de leur corps
Entendent, dans les soirs où pâlit leur jeunesse
Passer ton cri divin et ta chaude promesse…
– Et moi, moi, quand viendra l’instant paisible enfin
Où je dirai : « Je n’ai plus soif, je n’ai plus faim
Du bonheur, du plaisir, des cris, de la musique. »
Quand enfin sans ardeur et sans fureur physique
Je serai au balcon de la laiteuse nuit
Accoudée, et rêvant sans peur et sans ennui,
Tu viendras, guerrier noir aux redoutables armes,
Et d’un élan brûlant d’où jailliront mes larmes,
Rapide, déchirant, éperdu, sensuel,
Tu perceras mon cœur, comme un profond tunnel…