Page:Noailles - Les Vivants et les Morts, 1913.djvu/320

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— Ainsi je n’étais rien, et mon esprit qui songe
Avait bien parcouru les espaces, les temps ;
Comme l’aigle qui monte et le dauphin qui plonge
Je revenais portant les riants éléments !

La fierté, la pitié, les pardons, le courage,
En possédant mon cœur se l’étaient partagé ;
Sans répit, sans repos, je luttais dans l’orage
Comme un vaisseau qu’un flot fougueux rend plus léger !

C’est bien, j’accepte cet écroulement du rêve,
Ce suprême répons à mon esprit dressé
Comme une tour puissante et guerrière où se lèvent
L’Attente impétueuse et l’Espoir offensé !

Mais avant d’accepter, sans plus jamais me plaindre,
Ce lot où vont périr l’espérance et la foi,
Hélas ! avant d’aller m’apaiser et m’éteindre,
Amour, je vous bénis une dernière fois :

Je vous bénis, Amour, archange pathétique,
Sublime combattant contre l’ombre et la mort,
Lucide conducteur d’un monde énigmatique,
Exigeant conseiller que consulte le sort ;