Page:Noailles - Les Vivants et les Morts, 1913.djvu/89

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« Quand les adolescents ou les amants austères
Espèrent me bannir de leurs sublimes vœux,
J’attaque lentement leur citadelle altière,
Et comme un chaud venin je me répands en eux ;

« Ceux qui me sont voués ont de vagues prunelles
Où le danger projette un invincible attrait.
Comme un ciel enfiévré, sillonné par des ailes,
Ces vacillants regards ont de mouvants secrets… »

Alors, moi qui sais bien que cette voix funeste
Proclame la puissante et triste vérité,
Je demande, mon Dieu, quel combat et quel geste
Eloignent des humains l’âpre fatalité.

— Seigneur, si la pitié, la charité, l’extase,
Si le stoïque effort, si l’entrain à mourir,
Si la Nature, enfin, n’est jamais que ce vase
D’où toujours le désir ténébreux peut jaillir,

Si c’est toujours l’amour anxieux qui s’exhale
Des actives cités, des mers et de l’azur,
Si les astres ne sont, délirantes vestales,
Que des lampes d’amour au bord d’un temple impur,