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LE LIVRE ET LE DOCUMENT

Les espérantistes sont répandus dans 100 pays. Ils sont organisés en 1776 associations locales, dont 632 associations professionnelles.

L’esperanto a apporté de nouvelles possibilités à la documentation. a) Livres et documents édités en espéranto et disposant de ce fait d’un rayon de présentations, b) Résumés des ouvrages et des travaux en espéranto, c) Bibliographie dont les rubriques et les titres soient traduits en esperanto et combinés avec la classification décimale.[1]

3. Les applications de l’esperanto se font nombreuses. Des revues polonaises, lithuaniennes, japonaises donnent des résumés en espéranto. Les actes de la Conférence internationale « Vrede door Religie » (La Haye, 31 juillet 1928) ont paru en deux versions dans le même volume, hollandaise l’une, espéranto l’autre. Les orateurs avaient parlé chacun en leur langue et ils avaient été traduits immédiatement. Certains s’étaient exprimé, directement en espéranto.

Les applications de l’espéranto à la documentation ont fait l’objet des Travaux du Centra Officejo (Paris) et en particulier ceux de son président, le général Sébert.[2]

4. Dans la lutte pour la langue internationale unique, on a fait valoir les desiderata plus complexes de la langue en sciences, arts et politique. Les uns veulent une langue simple prête à être immédiatement employée. Les autres envisagent la nécessité d’un Institut International interlinguistique qui créerait en collaboration une telle langue.[3]

L’Espéranto et l’Ido sont en compétition, mais l’espéranto a l’organisation de propagande la plus puissante. Deux tendances se disputent au sein de l’espéranto, l’une met la langue nouvelle au service des intérêts et de l’idéologie réformiste et bourgeoise ; l’autre organise le développement et l’application de l’espéranto pour la lutte révolutionnaire.

Des centaines de projets de langue internationale existent et de nombreuses études sur ce sujet, de nombreux projets approfondissent chaque jour le problème.[4]

223.8 Terminologie scientifique spéciale.

La terminologie scientifique est devenue fort spécialisée et difficile à comprendre pour les non initiés. Elle complique la lecture des ouvrages. Le problème d’une terminologie scientifique et universelle est posé. (Voir les considérations présentées au n° 122.)

2. Dans la vie courante, on a fréquemment recours à l’usage de noms spéciaux. Ainsi, pour le nom de sociétés commerciales, on exprime Liège-Namur-Luxembourg par Linalux ; la Serma dénomme la « Société d’Électricité de la Région de Malmédy ». Il est aussi des familles de sigles : le « Syndicat d’études et d’entreprises au Congo » se dit Synkin, mais il est en relation avec Symaf qui a elle même pour filiales régionales Symor, Symetame et Syluma. Des noms sont aussi empruntés à des qualités. La soie artificielle à l’acétate de cellulose se dit Setilose ; Çalin pour cela lint : Durobor, nom de la Cie internationale de Gobeleterie inébréchable (dur au bord).

3. La nomenclature ancienne est une cause de confusion. Que de temps gagné si l’on pouvait réformer la nomenclature. Quoi, par exemple, de plus simple à faire comprendre que la détermination de la position géographique par la longitude et la latitude. Et pourtant les complications s’accumulent à raison des termes employés et des convention, qui manquent de simplicité. Méridien alors que longitude signifie la même chose. Division du cercle en degrés et non décimalement. Expression de la mesure du méridien en lieues et non en kilomètres. Répartition de degrés de latitude en deux séries de 90° et de ceux de longitude en deux séries de 180°, au lieu d’avoir une notation unique de 0 à 360° qui supprimerait les déterminations subséquentes des degrés en N. S. E. O., ce qui embrouille les esprits.

4. Leibnitz dans sa Characteristic Universalis imagina, pour exprimer toute idée, un symbolisme semblable à celui de l’algèbre. Ce symbolisme a été réalisé dans les temps modernes par Boole, Peano, Whitehead, Russel, etc.

223.9 Divers.
223.91 Traductions.

1. Les ouvrages donnent lieu éventuellement à des traductions en plusieurs langues. Ann Vickers, le nouveau

  1. Des propositions intéressantes ont été faites par M Vseevolhold Cheshichhin (Niizhnij-Noovgorod) dans l’ordre de la langue internationale, comme pasigraphie :

    a) Employer indifféremment les radicaux des grandes langues de circulation internationale en y ajoutant les désinences grammaticales de l’esperanto et en séparant le radical de la désinence par des points, dont le nombre correspond par convention à chaque langue. Ex. :

    Chieno. Chien (français) substantif.

    b) Employer les indices chiffrés de la classification décimale comme radicaux exprimant les concepts et les combiner avec les désinences grammaticales de l’espéranto.

    Ex. : 599.725 oj Chevaux.

    c) Compléter cette dernière notation par un hiéroglyphe chinois.

    d) Obtenir à volonté une correspondance conventionnelle entre les chiffres de la classification décimale et les syllabes désignant les notes de la musique soit 1 = ut, 2 = ré, 3 = mi, 9 = de, 0 = hha.

    soit cheval-oj ou 599.725 oj Soldedesire soloij.

    Les notes pourraient être chantées comme dans certains langages anciens.

  2. Voir Publication de l’Institut International de Bibliographie.
  3. Voir propositions W. Jezierski, Schola et Vita, 1931, n° 1-3, 1932, n° 1-2, p. 92.
  4. Couturat : Histoire de la langue internationale. — E Wüster : Internationale Sprachnormung in der Technik. Un linguiste autorisé, comme Otto Jespersen, a construit à son tour une langue artificielle, le Novial (International Language G. Allen Union, 1928).