Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/306

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les métamorphoses


cette lumière et le jour et lui-même. Son âme s’abandonne à la douleur ; à la douleur se joint la colère : il refuse son ministère à l’univers. « C’en est assez, dit-il, depuis la naissance des temps mes destins sont agités ; je me lasse de travaux sans terme et sans récompense. Qu’un autre conduise le char qui porte la lumière. S’il ne se présente aucun guide, si tous les dieux avouent leur impuissance, eh bien ! que notre maître lui-même saisisse les rênes ; du moins quand il les régira, ses mains déposeront ces foudres qui ravissent les enfants à leurs pères. Il saura, après avoir éprouvé la fougue de mes coursiers enflammés, s’il méritait la mort celui qui n’a pu les gouverner ! » À ces mots, tous les dieux se pressent autour du Soleil ; d’une voix suppliante ils le conjurent de ne point plonger l’univers dans les ténèbres. Jupiter lui-même s’excuse d’avoir lancé ses feux ; mais il ajoute en roi la menace aux prières. Phébus rassemble ses coursiers encore hors d’eux-mêmes et tout émus d’épouvante ; pour les dompter, il se sert et du fouet et de l’aiguillon ; dans sa colère, il leur reproche et leur impute la mort de son fils.

Cependant le souverain maître du monde parcourt la vaste enceinte des cieux ; il examine si quelque partie ébranlée par la violence du feu ne menace pas ruine. Quand il les voit solides et dans leur stabilité primitive, il contemple la terre et les désastres que les hommes ont soufferts. Mais sa chère Arcadie est le premier objet de ses soins ; il rend un libre cours aux fontaines et aux fleuves qui n’osaient encore couler, revêt la terre de gazon, les arbres de feuillage, et ordonne aux forêts dépouillées de reprendre leur parure. Mais tandis qu’il va et qu’il revient sans cesse, une nymphe de Nonacris a fixé ses regards, et, reçu dans son cœur, l’amour le consume de ses feux. Calisto n’occupait ses loisirs ni à filer la laine docile sous ses doigts, ni à varier la forme et les nœuds de sa chevelure : dès qu’une agrafe avait fixé les plis de sa robe et une bandelette blanche ses cheveux négligemment noués, armée tantôt du javelot, tantôt de l’arc, elle suivait la belliqueuse Diane. Jamais le Ménale ne vit de nymphe plus chère à cette déesse ; mais quelle faveur est durable ? Le Soleil, sur son char élevé, avait franchi plus de la moitié de sa carrière, quand la nymphe entra dans une forêt que les siècles avaient respectée. Elle dépose le carquois suspendu à son épaule, détend son arc flexible, et s’étend sur la terre tapissée de verdure ; sa tête languissante repose sur le carquois étincelant. Jupiter la voyant fatiguée, seule et sans garde : « Du moins, dit-il, Junon ignorera ce larcin ; dût-elle le connaître, que m’importent, à ce prix, ses jalouses fureurs ? » Soudain revêtant les traits et les habits de Diane : « Nymphe, dit-il, l’une de mes compagnes, sur quelles montagnes as-tu chassé ? » Calisto se lève, et répond : « Je vous salue, déesse, à mes jeux plus puissante que Jupiter, oui plus puissante,