Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/320

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les métamorphoses

de naître, s’entretuent les uns les autres. Déjà ces jeunes guerriers, dont le destin a renfermé la vie dans d’étroites limites, frappaient de leurs poitrines palpitantes leur mère ensanglantée ; il n’en restait que cinq ; de ce nombre était Echion. Il met bas les armes à la voix de Pallas, et il échange avec ses frères des gages de foi et de paix. Ils devinrent les compagnons des travaux de Cadmus, lorsqu’il voulut accomplir l’oracle d’Apollon, en fondant une ville.

Déjà s’élevaient les murs de Thèbes, déjà ton exil, ô Cadmus, pouvait être regardé comme la source de ton bonheur ; l’Hymen t’avait donné pour gendre à Mars et à Vénus ; ajoute à l’honneur d’une si haute alliance tant de fils, tant de filles, et la nombreuse postérité qu’ils t’ont donnée en gage de leur amour, et qui brille déjà des grâces de la jeunesse ; mais hélas ! c’est le dernier jour qu’il faut attendre, et nul homme ne doit être appelé heureux avant que le trépas n’ait amené le moment suprême de ses funérailles. Au milieu de tant de prospérités, ô Cadmus ! la première cause de tes douleurs, ce fut ton petit-fils : son front fut chargé d’un bois qu’il n’avait pas reçu de la nature, et ses chiens s’abreuvèrent du sang de leur maître. Cependant, examine en juge équitable, le hasard te paraîtra plus coupable que lui : quel crime, en effet, pouvait-on imputer à l’erreur ?

Il était une montagne qu’Actéon avait souillée du sang des bêtes sauvages ; déjà le soleil, au milieu de sa course, avait rétréci les contours des ombres, et s’élevait à une égale distance des deux limites qui bornent sa carrière, quand le jeune Actéon rappelle d’une voix douce les compagnons de ses fatigues, dispersés dans des sentiers escarpés. « Nos toiles, amis, et nos armes sont rougies du sang des animaux ; aujourd’hui la fortune a fait assez pour nous. Demain, lorsque l’Aurore, portée sur son char de pourpre, ramènera le jour, nous reprendrons nos travaux : en ce moment, Phébus s’éloigne également des deux extrémités de la terre, et ses brûlants rayons entr’ouvrent le sein des campagnes ; suspendez vos fatigues présentes, et pliez vos filets noueux ». Ses compagnons obéissent et abandonnent leurs travaux.

Là s’étendait une vallée ombragée de pins et de cyprès à la cime aiguë : Gargaphie est ie nom de ce lieu, cher à Diane chasseresse ; au fond de ce vallon, et dans la sombre épaisseur du bois, s’ouvrait un antre où la main de l’art ne pénétra jamais ; mais le génie de la nature avait imité l’art, car c’est elle seule qui avait arrondi en voûte la pierre-ponce et le tuf léger. À droite murmure une source dont les eaux limpides coulent dans un lit peu profond, entre deux rives verdoyantes ; c’est là que la déesse des forêts, épuisée par les fatigues de la chasse, aimait à répandre une onde pure sur ses chastes attraits. Elle vient sous la grotte,