Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/321

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les métamorphoses

et remet à la Nymphe, chargée de veiller sur ses armes, son javelot, son carquois et son arc détendu ; une seconde reçoit dans ses bras la robe dont la déesse s’est dépouillée ; deux autres détachent la chaussure de ses pieds ; plus adroite que ses compagnes, la fille du fleuve Ismène, Crocale rassemble et noue les cheveux épars sur le cou de Diane, tandis que les siens flottent en désordre. Néphèle, Hyalé, Rhanis, Psécas et Phiale puisent de l’eau, et l’épanchent de leurs urnes profondes. Pendant qu’elles arrosent, selon la coutume, le corps de la déesse, tout à coup le petit-fils de Cadmus, qui, après avoir interrompu sa chasse, promenait au hasard ses pas incertains dans ce bois inconnu, arrive jusqu’à l’antre où le guide sa destinée. À peine est-il entré dans la grotte où cette fontaine répand une fraîche rosée, que les Nymphes, honteuses de leur nudité à la vue d’un homme, se frappent le sein, remplissent la forêt de hurlements soudains, et, pressées autour de Diane, lui font un voile de leur corps ; mais la déesse, plus grande qu’elles, les dominait encore de toute la tête. Comme on voit un nuage placé vis-à-vis du soleil, et frappé de ses rayons, se nuancer de mille couleurs, comme brille la pourpre de l’aurore ; ainsi rougit Diane lorsqu’elle se vit exposée toute nue aux regards d’un homme. Bien que la foule de ses compagnes l’environne, elle ne laisse pas de s’incliner et de détourner le visage. Que n’a-t-elle ses flèches toutes prêtes ! Du moins elle s’arme de l’eau qui coule sous ses yeux, la jette au visage d’Actéon, et, répandant sur ses cheveux ces ondes vengeresses, elle ajoute ces mots, présage d’un malheur prochain : « Maintenant, va oublier que Diane a paru sans voile à tes yeux ; si tu le peux, j’y consens ». Là finit sa menace, et, sur la tête ruisselante d’Actéon, elle fait naître le bois d’un cerf vivace, allonge son cou, termine ses oreilles en pointe, change ses mains en pieds, ses bras en jambes effilées, couvre son corps d’une peau tachetée, et jette dans son âme une vive frayeur. Le héros prend la fuite et s’étonne lui-même de la rapidité de sa course. À peine a-t-il vu l’image de ses cornes dans les eaux où il avait coutume de se mirer : Malheureux ! veut-il s’écrier ; mais il n’a plus de voix, et ses gémissements lui tiennent lieu de paroles ; des pleurs coulent sur son visage, hélas ! jadis humain ; dans son malheur, il ne lui reste que la raison. Quel parti prendre ? doit-il rentrer dans le royal palais, son ancienne demeure, ou se cacher au fond des forêts ? La crainte l’arrête d’un côté, et la honte de l’autre ; tandis qu’il délibère, ses chiens l’ont aperçu : Mélampe et le subtil Ichnobate, l’un venu de la Crète et l’autre de Sparte, donnent le premier signal par leurs abois ; à leur suite s’élancent, plus prompts que le vent rapide, Pamphagus, Dorcée et Oribase, tous trois de l’Arcadie ; le vigoureux Nébrophon et le féroce