Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/344

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les métamorphoses

des vapeurs s’exhalent des eaux dormantes du Styx ; c’est par là que descendent, au sortir de la vie, les ombres des mortels qui ont reçu les honneurs du tombeau. La Pâleur et le Froid habitent ces déserts incultes, où l’on voit errer les mânes nouveaux, incertains de la route qui mène à la cité des morts, au palais terrible du noir Pluton ; des avenues sans nombre et des portes ouvertes de tous côtés conduisent à cette cité immense : semblable à l’Océan qui, de tous les points de la terre, reçoit les fleuves dans son sein, elle donne accès à toutes les âmes. Jamais elle n’est trop étroite pour la foule qui s’y presse : elle ne la sent pas même approcher. On voit errer çà et là de pâles fantômes, sans chair et sans os ; les uns accourent au Forum, d’autres dans le palais du souverain des ombres ; plusieurs se livrent à divers travaux, image de ceux qui occupèrent leur vie. La fille de Saturne se résout à quitter les célestes demeures pour descendre dans cet affreux séjour, tant elle s’abandonne à sa haine et à sa colère. À peine est-elle entrée, à peine, foulé par ses pieds sacrés, le seuil a-t-il tremblé, que Cerbère relève sa triple tête et fait résonner sa triple voix. Junon appelle les trois sœurs, filles de la Nuit, divinités implacables et terribles. Assises devant les portes de diamant qui ferment la prison des enfers, elles peignaient leurs cheveux hérissés d’horribles serpents. Dès qu’elles reconnaissent la déesse à travers les vapeurs du brouillard, elles se lèvent. Ce lieu se nomme le séjour du crime. Là Titye, dont le corps s’étend sur neuf arpents de terre, présente ses entrailles au vautour, qui les déchire ; là, Tantale, l’onde t’échappe sans cesse, et l’arbre fuit ta main prête à le saisir ; et toi, Sisyphe, tu cours après ton rocher qui tombe, ou tu le roules pour le voir retomber encore ; là, Ixion tourne sur sa roue, et se poursuit et s’évite sans cesse ; là, pour avoir osé donner la mort à leurs époux, les filles de Bélus puisent sans relâche des ondes qui s’écoulent toujours. La fille de Saturne jette sur cette foule coupable, sur Ixion surtout, un regard plein de colère, et d’Ixion, reportant les yeux sur Sisyphe : « Pourquoi, dit-elle, seul de tous ses frères, endure-t-il un éternel supplice, quand le fier Athamas et son épouse, au fond de leur somptueux palais, se sont toujours fait gloire de me mépriser ? » Elle expose alors le sujet de sa haine, ce qui l’amène et ce qu’elle désire ; elle désire que le palais de Cadmus ne reste pas debout, et que les trois infernales sœurs entraînent Achamas au crime. Ordres, promesses, prières et vives instances, elle emploie tout auprès des trois déités. Enfin elle se tait ; Tisiphone agile alors ses cheveux blancs en désordre, et rejette en arrière les couleuvres qui pendent sur sa bouche : « Qu’est-il besoin de longs discours ? dit-elle ; regardez vos ordres comme accomplis. Abandonnez cet odieux empire, et remontez dans les pures régions de l’Olympe ».