Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/364

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les métamorphoses

déchue de cette fertilité renommée dans le monde entier ; les blés meurent en herbe, brûlés par les feux du soleil, ou inondés par des torrents de pluie. Les vents exercent de funestes influences ; d’avides oiseaux dévorent les grains à peine déposés dans le sein de la terre ; l’ivraie, le chardon et l’herbe parasite étouffent les moissons.

Aréthuse élève alors sa tête au-dessus de ses ondes, qui d’abord ont arrosé l’Élide, et, rejetant loin de son front son humide chevelure, elle s’écrie : « Ô mère des moissons ! mère de Proserpine, que vous avez cherchée dans tout l’univers, mettez un terme à vos immenses fatigues, et ne poursuivez pas de votre terrible courroux une contrée fidèle ; elle ne l’a point mérité, et c’est contre son gré qu’elle a donné passage au ravisseur. Ce n’est point pour ma patrie que je vous implore ; je suis venue sur ces bords en étrangère ; Pise est ma patrie, et je tire mon origine de l’Élide. La Sicile n’est pour moi qu’une terre hospitalière ; mais elle a plus de charmes, à mes yeux, que toute autre contrée ; et, sous le nom d’Aréthuse, j’ai fixé ici mes pénates et mon séjour : que votre colère s’apaise et daigne l’épargner. Vous saurez un jour comment j’ai changé de demeure, comment je me suis frayé une route à travers l’immense Océan jusqu’aux rivages d’Ortygie. Ce récit viendra plus à propos lorsque, affranchie de vos peines, le chagrin n’attristera plus votre visage. La terre m’ouvre ses canaux souterrains ; et, roulant mes eaux travers ses cavernes profondes, je relève ma tête en ces lieux, où je revois les astres longtemps cachés à mes regards ; en coulant au fond de la terre, dans ces routes voisines des gouffres du Styx, mes yeux ont vu Proserpine, ta fille. La tristesse et l’effroi sont encore empreints sur son visage ; mais elle est reine ; elle est la souveraine du sombre empire, la puissante compagne du dieu des enfers ».

À ce discours, la mère de Proserpine, immobile comme une statue de marbre, demeure frappée d’un long étonnement. Lorsque l’égarement de sa raison a fait place à la plus vive douleur, elle remonte, sur son char, aux célestes demeures. Le visage baigné de larmes, les cheveux épars et le désespoir dans l’âme, elle s’arrête devant le temple de Jupiter. « C’est pour mon sang et pour le tien que je viens t’implorer, ô maître des dieux ! Si la mère a perdu ses droits à ta pitié, ah ! que du moins ma fille touche le cœur de son père ! Je t’en conjure, ne va pas, indifférent à son malheur, la punir d’avoir reçu le jour dans mes flancs. Je la retrouve enfin cette fille que j’ai si longtemps cherchée, si c’est la retrouver que d’être certaine de l’avoir perdue, si c’est la retrouver que de savoir où elle est. Je puis pardonner à Pluton son enlèvement, pourvu qu’il me la rende. Ta fille, car, hélas ! elle n’est plus à moi : ta fille ne doit pas être l’épouse d’un ravisseur ». Jupiter lui répond : « Proserpine est