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les métamorphoses



LIVRE SIXIÈME

ARGUMENT. — I. Métamorphose d’Arachné en araignée. - II. Niobé se met au-dessus de Latone et est changée en rocher. - III. Métamorphose des paysans lyciens en grenouilles. - IV. Marsyas converti en fleuve. - V. Pélops pleure Niobé; les dieux lui donnent une épaule d’ivoire. - VI. Métamorphose de Térée en huppe, de Philomèle en rossignol, de Procné en hirondelle. - VII. Borée enlève Orithye; il en a deux fils, Calais et Zétès, qui furent au nombre des Argonautes


Pallas avait prêté l’oreille à ce récit : elle avait applaudi aux chants des filles d’Aonie et à leur juste courroux : « C’est peu de louer, dit-elle, en elle-même : méritons d’être louée à notre tour, et ne souffrons pas qu’on méprise impunément notre divinité ». — Dès lors une seule pensée l’occupe, le châtiment de la jeune Lydienne Arachné, qu’elle savait lui disputer la palme dans l’art d’ourdir la laine en tissus. Arachné ne devait sa renommée ni à sa patrie ni à sa naissance, elle la devait toute à son art ; Idmon, son père, gagnait sa vie à Colophon en teignant la laine avide des sucs du murex de Phocée : sa mère n’était plus ; mais la bassesse de sa naissance l’avait assortie à cet époux vulgaire. Arachné s’était fait, par son travail, un nom célèbre dans les villes de la Lydie, malgré son humble origine, et quoique retirée dans les murs de l’obscure Hypépa : pour admirer ses ouvrages, souvent les nymphes du Tmolus désertèrent leurs côteaux couronnés de vignobles ; souvent les nymphes du Pactole désertèrent leurs eaux. On aimait à voir et les toiles qu’elle avait achevées et celles que sa main ourdissait encore : tant il y avait de grâce et de charmes dans son travail ! Soit qu’elle dévide en pelotons arrondis la laine encore informe ; soit que, pressé sous sa main, le fil y prenne en s’allongeant la mollesse et la ténuité des nuages ; soit que le fuseau rapide tourne entre ses doigts effilés, ou que son aiguille peigne sur la trame, on la prendrait pour l’élève de Pallas ; cependant Arachné repousse ce titre, et se défend, comme d’une honte, d’avoir reçu les leçons d’une immortelle : « Qu’elle vienne se mesurer avec moi, dit-elle ; vaincue, je me soumets à tout ». — Pallas emprunte les traits d’une vieille, et couvrant son front de faux cheveux blancs, appuie sur un bâton ses membres affaiblis ; elle aborde Arachné, et lui adresse ces paroles : « La vieillesse n’amène pas seulement des maux à sa suite ; l’expérience