Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/395

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les métamorphoses

ses enfants. Puis ses yeux aperçoivent les champs de Calaurée, consacrés à Latone, et témoins de la métamorphose d’un roi et d’une reine changés en oiseaux. À droite est Cyllène, où Ménéphron devait s’égaler aux bêtes sauvages, en partageant la couche de sa mère. Elle découvre au loin, en tournant ses regards derrière elle, Céphise qui déplore le destin de son petit-fils, converti par Apollon en phoque monstrueux, et la demeure d’Eumélus qui pleure sa fille, envolée dans les airs. Enfin, portée sur les ailes de ses dragons, elle touche aux mers d’Éphyre, qu’arrose Pirène, où, dans les premiers âges, suivant une tradition antique, des hommes naquirent de champignons fécondés par la pluie. Quand la nouvelle épouse de Jason eut été dévorée par le feu de ses poisons, quand les deux mers eurent vu les flammes du palais de Créon, Médée teint un glaive impie du sang de ses enfants, et après cette vengeance, affreuse pour une mère, elle se dérobe aux armes de Jason.

Emportée par les dragons qu’elle reçut du Soleil, elle entre dans la ville de Pallas, qui vous a vus, toi, pieuse Phinis, et toi, vieux Périphas, vous envoler ensemble ; Athènes a vu aussi la petite-fille de Polypémon s’élever sur des ailes nouvelles. Égée la reçoit ; c’est le seul reproche qu’il ait mérité. Peu content de lui offrir l’hospitalité, il s’unit à elle par les nœuds de l’hyménée. Thésée venait d’arriver, Thésée que son père ne connaissait pas encore, et dont la valeur avait pacifié l’isthme battu par une double mer. Pour le perdre, Médée broie le poison qu’elle apporta jadis des côtes de la Scythie, et que vomit, dit-on, la gueule du chien né d’Échidna. Il est une caverne dont l’entrée se cache au sein des ténèbres ; on y descend par une pente rapide. C’est par là que le héros de Tirynthe traîna Cerbère attaché à des liens de fer ; malgré sa résistance, il lui fit voir la lumière du jour, dont ses regards obliques fuyaient les rayons éclatants. Dans les transports de sa rage terrible, le monstre remplit en même temps les airs de ses triples aboiements, et répandit une écume blanchâtre sur la verdure des campagnes : une plante en naquit, dit-on, qui, puisant dans le sein de la terre un aliment fécond, acquit en grandissant une vertu funeste ; comme sa tige vigoureuse croit au milieu des rochers, les habitants des campagnes l’appellent aconit. Trompé par son épouse, Égée présente lui-même ce breuvage à son fils, comme à son ennemi. Thésée accepte sans défiance la coupe qui lui est offerte ; mais son père, reconnaissant, à la garde d’ivoire de son épée, le sceau de sa famille, écarte de sa bouche le criminel breuvage. Médée se dérobe à la mort dans les flancs d’un nuage que forment ses enchantements. Au milieu de la joie que lui cause le salut de son fils, Égée est encore épouvanté du crime qui de si près a menacé sa vie ; il allume la flamme sur les autels des dieux, et les charge d’offrandes ;