Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/401

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les métamorphoses

croire ; venez ». Je sors, et ces mêmes hommes dont un songe m’avait offert l’image, je les vois dans l’ordre où je les avais vus ; je les reconnais, ils s’approchent et me saluent leur roi. Je rends grâces à Jupiter ; je partage à mes nouveaux sujets la ville et la campagne, veuve de ses anciens habitants, et je les appelle Myrmidons, afin d’attacher à leur nom le souvenir de leur origine. Vous les avez vus ; ils sont restés fidèles à leurs mœurs primitives : c’est un peuple économe, infatigable au travail, ardent à acquérir et doux de conserver ; égaux en âge et en valeur, ils vous suivront aux combats aussitôt que l’Eurus, dont le souffle propice vous a conduit sur ces rivages (l’Eurus l’y avait conduit en effet), aura fait place à l’Auster ».

Ces récits, et d’autres semblables, remplirent la durée du jour ; le soir fut consacré aux plaisirs de la table, et la nuit au sommeil. Cependant le soleil avait retiré du sein des eaux sa chevelure dorée ; l’Eurus soufflait encore, et retenait les voiles prêtes à s’éloigner. Les enfants de Pallas se rendent auprès de Céphale, plus âgé qu’eux, et l’accompagnent au palais du roi, encore enseveli dans un profond sommeil. Un des fils d’Éaque, Phocus, le reçoit sur le seuil, tandis que Télamon et son autre frère enrôlent des soldats pour la guerre. Phocus conduit le descendant de Cécrops dans l’intérieur de son palais, sous de somptueux lambris, et s’assied auprès d’eux. Il remarque, dans les mains du fils d’Eole, un javelot fait d’un bois inconnu, et armé d’une lame d’or. Après quelques mots sur des objets indifferents : « J’aime, dit-il, la chasse et les forêts ; pourtant je ne saurais dire dans quel bois a été taillé le javelot que vous portez : le frêne est plus roux et le cornouiller plus noueux. J’ignore de quel arbre on l’a tiré ; mais jamais mes yeux n’en ont vu de plus beau. — Son usage, reprend un des fils de Pallas, vous paraîtra plus merveilleux que sa beauté : il atteint toujours le but, jamais le hasard ne le dirige, et, de lui-même, il revient ensanglanté dans la main qui l’a lancé ». Alors le petit-fils de Nérée multiplie ses questions : Pourquoi a-t-il été donné ? où vient-il ? Quel est l’auteur d’un si rare présent ? Céphale lui repond ; mais la honte l’empêche de dire à quel prix il obtint ce dard, et il se tait sur ce point. Le souvenir de la perte de son épouse réveille sa douleur, ses larmes coulent, et il parle en ces termes : « Ce javelot (qui pourrait le croire ? ) ô fils d’une déesse, me coûte bien des pleurs ; il m’en coûtera longtemps, si les destins m’accordent une longue vie : il a causé ma perte et celle de mon épouse chérie, et plût aux dieux que je n’eusse jamais reçu ce présent ! Le nom d’Orithye, que Borée enleva, a peut-être frappé plus souvent votre oreille : Procris était sa sœur. Si l’on compare leur beauté, leur caractère, Procris était plus digne de trouver un ravisseur. Érechthée, son