Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/418

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lentement dans les airs. La fière Calydon est abîmée dans le deuil. Tout pleure, les jeunes gens et les vieillards, et les grands et le peuple ; les mères qui habitent les murs baignés par l’Événus s’arrachent les cheveux et se frappent le sein. Le vieux père de Méléagre, le front roulé dans la poussière, souille de cendre ses cheveux blancs, et maudit la trop longue carrière de sa vie. Pour Althée, la main qui avait commis le crime, armée par le remords, la punit en lui plongeant un poignard dans le sein. Non, quand j’aurais reçu d’Apollon cent bouches et cent voix, tous les dons du génie et tous les talents des Muses, je ne pourrais encore vous peindre le désespoir de ses tristes sœurs. Oubliant le soin de leur beauté, elles se meurtrissent la poitrine ; et jusqu’à ce que le corps de Méléagre soit livré au bûcher, elles le prennent et le réchauffent dans leurs bras, elles le couvrent de baisers ainsi que le lit funéraire sur lequel il repose. Quand il n’est plus que cendre, elles cherchent encore à ranimer cette froide cendre, en la pressant contre leur sein ; couchées sur son tombeau, elles baisent le marbre où son nom est gravé, nom chéri qu’elles arrosent de leurs larmes. Mais assouvie enfin parla ruine de la famille de Parthaon, la vengeance de Diane se lassa, et les sœurs de Méléagre, excepté Gorgé et la bru de l’illustre Alcmène, se changent en oiseaux ; leur corps se couvre de plumes, leurs bras deviennent de longues ailes, un bec a remplacé leur bouche ; elles s’envolent.

Après avoir partagé les périls de cette chasse glorieuse, Thésée avait tourné ses pas vers les mers où jadis régnait Érichthon. Cependant Achéloüs lui barre le chemin et le force à s’arrêter devant les eaux enflées par l’orage : « Entrez, lui dit le dieu, entrez dans ma grotte, illustre descendant de Cécrops, et ne vous hasardez pas à la violence de mes ondes : c’est un torrent qui roule avec un fracas épouvantable les arbres et les rochers déracinés dans sa course : je l’ai vu souvent emporter à la fois les troupeaux et leurs étables, trop voisins de ses bords, sans que le taureau pût trouver aucun secours dans sa force, ni le cheval dans sa vitesse ; combien de jeunes et vigoureux nageurs, à l’époque où les neiges fondues s’écoulent des montagnes, n’a-t-il pas engloutis dans ses rapides tourbillons ? Il est plus sûr de vous reposer ici et d’attendre que le fleuve, reprenant la limite accoutumée de ses rivages, ait ramené dans son lit ses ondes apaisées.

— J’userai, répond Thésée, et de vos conseils et de l’asile que vous m’offrez ». À ces mots il suit le dieu dans sa grotte. Les murs en sont formés de pierres poreuses et de rocs taillés sans art ; la terre y est couverte d’un frais tapis de mousse, et la voûte parsemée de coquillages diversement colorés. Le soleil avait mesuré la moitié de sa course ; Thésée et ses compagnons prennent place sur les lits qu’on a dressés pour eux, ici Pirithoüs, là le héros de Trézène, Lélex, dont les rares cheveux commencent à blanchir, et tous ceux que le fleuve, charmé