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les métamorphoses



LIVRE NEUVIÈME

ARGUMENT. — Achéloüs vaincu par Hercule ; corne d’abondance. — II. Mort de Nessus. — III. Tourments d’Hercule sur le mont Œta. — IV. Apothéose d’Hercule. — V. Alcmène raconte à Iole son enfantement laborieux et la métamorphose de Galanthis en belette. — VI. Dryope est changée en lotos. — VII. Iolas, en jeune homme ; — VIII. Byblis, en fontaine. — IX. Iphis devient homme.


Le héros, fils de Neptune, veut connaître la cause de ces gémissements et de l’outrage fait par un dieu au front mutilé d’Achéloüs ; les cheveux négligemment couronnés de roseaux, le Fleuve qui baigne Calydon commence en ces termes : « Vous m’imposez une tâche pénible ; quel vaincu voudrait rappeler ses combats ? Je vais pourtant retracer l’histoire du mien ; car il y eut moins de honte dans la défaite que d’honneur dans la lutte, et mon vainqueur est si grand qu’il me console de sa victoire. Peut-être le nom de Déjanire a-t-il frappé vos oreilles ; vierge célèbre jadis par sa beauté, elle fut l’objet des vœux de mille amants ; jaloux de l’obtenir, je parus avec eux dans le palais de son père. « Accepte-moi pour gendre, m’écriai-je, fils de Parthaon ». Alcide tient le même langage ; les autres se retirent devant nous. Le fils d’Alcmène vante l’honneur de donner à une épouse Jupiter pour beau-père, la gloire de ses travaux commandés par une marâtre, et les périls qu’il a surmontés. Je parle à mon tour, croyant qu’un dieu ne pouvait sans honte céder à un mortel : il n’était pas encore au rang des dieux. « Tu vois en moi, m’écriai-je, le roi des eaux qui promènent leur cours sinueux au sein de tes états. Je ne suis point un gendre venu des régions étrangères pour chercher ici l’hospitalité, mais je fais partie de ton peuple, et j’appartiens à ton empire ; pardonne-moi seulement si la reine des dieux ne me poursuit pas de sa haine, et ne m’a pas imposé pour supplice de pénibles travaux. Tu te glorifies d’être le fils d’Alcmène ; mais Jupiter n’est point ton père, ou, s’il l’est, c’est par un crime ; le déshonneur de celle à qui tu dois le jour a pu seul te le donner pour père ; choisis : aimes-tu mieux être le fils supposé de Jupiter ou le fruit d’un adultère ? » Tandis que je parlais, il fixait sur moi des regards furieux ; il ne peut commander aux transports de son brillant courroux, et répond : « Mon bras vaut mieux que ma langue ; pourvu que je triomphe dans le combat, sois mon vainqueur, j’y consens, par le talent