Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/436

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mes yeux : l’écorce qui m’enveloppe fermera, sans votre pieux secours, mes paupières mourantes ». Elle cesse en même temps de parler et de vivre. Après cette métamorphose, les rameaux du nouvel arbre conservèrent longtemps un reste de chaleur.

Tandis qu’Iole raconte une si triste destinée, Alcmène pleure elle-même en essuyant de ses mains les larmes de la fille d’Eurytus. Tout à coup, un prodige nouveau vient dissiper leur tristesse : sur le seuil du palais paraît Iolas avec les traits du jeune âge ; à peine un duvet incertain ombrage son menton ; il a retrouvé la fraîcheur de ses premières années. La fille de Junon, Hébé, lui avait accordé ce bienfait, vaincue par les prières de son époux. Elle allait jurer que désormais elle n’accorderait à personne de semblables faveurs ; Thémis l’arrête. « Déjà, dit-elle, la discorde allume la guerre au sein de Thèbes ; Capanée ne pourra être vaincu que par Jupiter. Deux frères courront s’entr’égorger ; englouti dans le sein de la terre, un devin ira vivant trouver son ombre aux enfers ; et son fils, pieusement parricide, vengera la mort de son père dans le sang maternel ; épouvanté de son forfait, privé de sa raison et de sa patrie, il errera poursuivi par les Euménides et par l’ombre de sa mère jusqu’au jour où sa nouvelle épouse lui demandera le fatal collier d’or ; alors les fils de Phégée, ses beaux-frères, plongeront leurs glaives dans ses flancs. Enfin, la fille d’Achéloüs, Callirhoé, suppliera le puissant Jupiter de hâter l’enfance de ses fils, et de ne pas laisser impunie la mort de son vengeur. Jupiter, ému par ses prières, accordera avant le temps les faveurs de sa belle-fille et de sa bru ; ses fils deviendront hommes dès leurs jeunes années ».

À peine la voix prophétique de Thémis a-t-elle ainsi dévoilé l’avenir qu’un murmure confus s’élève parmi les dieux. « Pourquoi ne serait-il point permis d’étendre jusqu’à d’autres le même privilège ? » demande-t-on de toutes parts. La sœur du géant Pallas déplore la vieillesse de son époux ; la bienfaisante Cérès se plaint de voir blanchir la tête de Jasion ; Vulcain demande qu’Érichthon recommence une nouvelle vie, et Vénus, qui s’alarme pour l’avenir, souhaite le rajeunissement d’Anchise. Chaque dieu s’intéresse au sort de quelque mortel ; le tumulte et le bruit croissent dans ce concours de tant de vœux divers, quand Jupiter élève enfin la voix : « Si vous avez encore quelque respect pour moi, à quels excès vous laissez-vous emporter ? Qui de vous se croit assez puissant pour triompher, même du Destin ? C’est le Destin qui ramène Iolas aux années qui s’étaient écoulées pour lui ; c’est le Destin qui doit avancer la jeunesse des fils de Callirhoé : ils ne devront cette faveur ni à la brigue ni aux armes. Le Destin vous