Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/474

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les poutres, et l’eau s’élance par les ouvertures ; les nues se fondent en torrents pressés ; on dirait que le ciel s’abaisse sur la mer, et que la mer gonflée s’élève pour attaquer le ciel ; la pluie trempe les voiles, et les eaux de la mer se mêlent à l’eau des nuages. L’éther est sans étoiles, et aux ténèbres de la nuit se joignent les ténèbres de la tempête ; seulement, la foudre les dissipe par moments, et éclaire les eaux d’une lumière menaçante.

Déjà le flot s’est ouvert un passage entre les parois disjointes de la carène. Lorsqu’une troupe nombreuse de soldats, après plusieurs assauts, s’empare enfin d’une ville bien défendue, de tant de milliers d’hommes qu’excite l’amour de la gloire, un seul s’élance le premier sur les murs ; ainsi, après que, neuf fois, d’énormes vagues ont battu les flancs élevés du navire, plus immense encore, une dixième s’élance, fracasse la carène fatiguée, et s’abat dans le vaisseau comme l’ennemi dans une ville prise ; au-dedans sont les flots, au-dehors les flots se cherchent un passage. Les matelots tremblent comme tremblent les assiégés, quand, au-dehors, l’ennemi bat les murs, et qu’au-dedans il s’en est emparé. L’art du pilote est en défaut, les esprits sont découragés, et il semble que chaque flot qui pénètre soit une mort nouvelle : l’un ne peut retenir ses larmes, l’autre est plongé dans une douleur stupide ; celui-ci envie le sort de ceux qui auront un bûcher, celui-là adore les dieux, les appelle à son aide, et lève en vain ses bras au ciel, qu’il ne voit pas ; un autre se rappelle et son frère et son père, et sa maison et ses enfants, et tout ce qu’il a quitté. Céyx ne pense qu’à son Alcyone, ne parle que de son Alcyone, ne regrette qu’elle seule, et cependant se réjouit de la savoir absente ; il voudrait se tourner encore une fois du côté de sa patrie, et jeter un dernier regard vers son palais ; mais il ne sait où il est, tant est grande l’agitation des ondes, tant les nues couvrent le ciel entier d’un voile épais et redoublent la nuit. Un tourbillon brise le mât, brise le gouvernail ; la vague qui l’emporte semble fière de ces débris, et comme pour célébrer sa victoire, s’élève au-dessus des autres, puis, tout à coup précipitée, et de son poids et de son choc, enfonce le vaisseau dans l’abîme. Une partie des matelots périssent submergés sous les flots, d’autres s’attachent aux débris du navire ; lui-même, de cette main qui naguère portait un sceptre, Céyx saisit un débris de rame ; il invoque et son père et son beau-père. Prières inutiles ! Mais surtout le nom d’Alcyone est dans sa bouche, et son image est dans son âme. Il voudrait du moins que la mer portât son corps sous les