Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/493

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
465
les métamorphoses

donné de le combattre en face, perce-le d’un trait imprévu ».

Apollon y consent : il va satisfaire tout ensemble et la haine de Neptune et sa propre haine. Enveloppé d’un nuage, il arrive au milieu des bataillons troyens, et, au fort du carnage, il aperçoit Pâris qui lance ses traits sur quelques Grecs obscurs ; il se découvre à lui, en disant : « Pourquoi, Pâris, perdre tes flèches contre ces guerriers sans nom ? S’il te reste quelque amour pour les tiens, tends ton arc contre Achille, et venge tes frères égorgés ».

Il dit, et lui montre le fils de Pélée qui renverse des bataillons entiers de Troyens. Il tourne l’arc de Pâris contre le héros. L’arc de Pâris et sa main trop sûre dirigent le trait fatal. Depuis le trépas d’Hector, ce fut la seule joie du vieux Priam. Ainsi donc, ô Achille ! vainqueur de tant de guerriers, tu devais succomber sous les coups du timide ravisseur d’Hélène. Si ta destinée était de périr par la main d’une femme, tu eusses aimé mieux tomber sous la hache d’une Amazone. Déjà ce héros, la terreur des Phrygiens, l’honneur et le salut des Grecs, l’invincible Achille a été placé sur le bûcher : le même dieu qui fit ses armes les consume. Il n’est plus qu’un peu de cendre, et de ce grand Achille il reste un je ne sais quoi, qui remplit à peine une urne légère. Mais sa gloire est vivante, elle remplit tout l’univers : c’est là l’espace qui convient à ce héros, c’est par là qu’Achille est égal à lui-même et qu’il échappe aux enfers. Son bouclier excite parmi les Grecs une sanglante querelle ; à leur ardeur, on peut reconnaître à qui il appartint ; pour conquérir des armes, on va mêler les armes. Ni le fils de Tydée, ni le fils d’Oïlée, ni Ménélas, ni Agamemnon lui-même, ni tant d’autres guerriers n’osent y prétendre. Seuls, Ajax et Ulysse osent les disputer. Le fils d’Atrée, qui craint la haine du vaincu, ne veut pas prononcer entre eux. Il ordonne aux chefs des Grecs de s’asseoir au milieu du camp, et les fait tous juges de cette querelle.