Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/498

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par terre les tours de Lyrnesse. Et pour tout dire enfin, celui qui pouvait seul vous délivrer d’Hector, je vous l’ai donné ; grâce à moi, le terrible Hector a mordu la poussière. Pour les armes qui m’ont révélé Achille, je demande ces armes ; vivant, il me les devait ; je les réclame après sa mort. Rappelez-vous, quand l’injure d’un seul fut devenue celle de toute la Grèce, ces milliers de vaisseaux qui couvraient les rivages d’Aulis, et depuis longtemps retenus par les vents contraires ou par le calme : rappelez-vous l’impitoyable Diane demandant à Agamemnon pour se laisser fléchir le sang de sa fille innocente. Il refusait avec horreur, il maudissait les dieux, car le père vit toujours dans le roi : mais je sus manier l’âme trop aimante du père et la tourner vers l’intérêt de tous. Je le dis maintenant, et Agamemnon pardonnera cet aveu, je plaidais une cause bien difficile, et devant un juge bien partial : et pourtant je fis valoir les intérêts de la Grèce, l’honneur outragé d’un frère, l’éclat du rang suprême ; il céda, il paya sa gloire de son sang. Mais la mère, ces raisons ne pouvaient rien sur son cœur ; il fallait la tromper : qui fut chargé d’aller vers elle ? Ce n’était pas le fils de Télamon ; car la voile pendrait encore inutile à nos mâts. Quel ambassadeur audacieux porta vos plaintes dans Pergame ? Je vis l’assemblée des Troyens, je parus devant elle, elle était nombreuse et imposante : sans trouble, sans effroi, je plaidai la cause que la Grèce m’avait confiée ; j’accusai Pâris, je réclamai Hélène et ses trésors, je vis ébranlés Anténor et Priam. Mais Pâris ; mais ses frères, et tous les complices du rapt se contenaient à peine, et leurs mains demandaient du sang : tu l’as vu, Ménélas, et ce jour fut le premier où ton danger devint le nôtre.

» C’est un long récit que celui de tous les services rendus dans le cours de cette longue guerre par ma prudence et par mon épée. Après les premières rencontres, l’ennemi se tint longtemps renfermé dans ses murailles ; la lice des combats était close : elle ne s’ouvrit qu’au bout de dix ans. Que faisais-tu cependant, toi qui ne sais que te battre ? À quoi pouvais-tu servir ? Moi, je dressais des embûches à l’ennemi, je fortifiais le camp, j’inspirais aux Grecs, dégoûtés d’une guerre aussi lente, la force d’attendre avec calme ; j’entretenais l’abondance, j’exerçais les soldats, j’étais partout où un besoin se faisait sentir. Un jour, par l’ordre de Jupiter, et abusé par un songe, le chef de la Grèce ordonne l’abandon de notre pénible entreprise : la volonté de Jupiter est son excuse. Mais Ajax sans doute ne nous permettra pas de fuir avant la ruine de Pergame, il fera tout pour combattre le départ : pourquoi n’arrête-t-il pas les fugitifs ? Pourquoi ne met-il pas l’épée à la main ? Décide-t-il par son exemple la multitude inconstante ?