Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/508

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aussi nous devions souffrir de l’orage qui a éclaté sur vous) : les armes à la main, il arrache mes filles des bras de leur père ; il veut les forcer de nourrir, par leur puissance mystérieuse, le camp des Grecs. Elles s’échappent, et vont chercher un asile, les unes dans l’Eubée, les autres auprès de leur frère, à Andros. Mais une armée se présente : il fallait les livrer ou combattre ; et le frère épouvanté livra ses sœurs ! Pardonnez-lui, car il n’avait pour défendre Andros ni Énée ni Hector, qui vous ont permis de résister pendant dix ans. Déjà l’on préparait les liens des captives ; elles lèvent vers le ciel leurs mains encore libres : « Ô Bacchus, sauve-nous ! » s’écrient-elles ; et l’auteur du don fatal les sauva, si l’on peut dire qu’en les perdant par un prodige ce dieu les a sauvées. Comment elles ont pu perdre la forme humaine, je ne l’ai jamais su, et je ne pourrais vous le dire aujourd’hui ; mon malheur seul m’est connu. Elles prirent des ailes, et on vit à leur place de blanches colombes, l’oiseau chéri de Vénus ».

C’est ainsi que les convives occupaient le temps du festin. Le repas terminé, chacun va se livrer au sommeil. Les Troyens se lèvent avec le jour, et vont consulter l’oracle d’Apollon. « Allez retrouver, leur dit-il, la mère antique de votre race et les rivages de vos pères ! » Anius les accompagne au départ, et leur fait des présents : il donne à Anchise un sceptre, à Iule une chlamyde et un carquois, à Énée une coupe, que lui avait jadis envoyée son hôte, Thersès le Thébain. C’était une œuvre du célèbre Alcon de Myla, dont le ciseau avait tracé sur la coupe une longue histoire. On voyait une ville ; sept portes bien distinctes la faisaient assez reconnaître. Sous les murs de la ville, des pompes funèbres, des tombeaux, des feux, des bûchers, des femmes, les cheveux épars et la poitrine découverte, annoncent une grande calamité : on dirait voir les nymphes gémir auprès des sources desséchées ; l’arbre sans feuillage étend ses branches mortes et nues, les chèvres cherchent en vain à brouter parmi les rochers arides. Voici, au milieu de Thèbes, les filles d’Orion ; l’une, avec l’intrépidité d’un cœur viril, présente la gorge au fer ; l’autre a déjà reçu le coup fatal, et meurt courageusement pour son pays. Leur pompe funèbre traverse la ville, et le bûcher s’élève sur la place la plus fréquentée. De la cendre des jeunes filles, dont les dieux veulent conserver la race, on voit sortir deux jeunes héros ; la voix publique leur donne le nom de Coronides ; et ils rendent les derniers devoirs à la cendre qui leur a donné la vie. Le bord d’airain de cette coupe merveilleuse était entouré d’une acanthe d’or. Les Troyens, à leur tour, font à Anius des présents non moins riches : ils donnent au prêtre d’Apollon un vase où se garde l’encens,