Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/529

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les métamorphoses

les faunes aux cornes couronnées de pin, et Sylvain, toujours jeune dans ses vieilles années, et le dieu lascif dont la faux épouvante les voleurs ! Vertumne, avec plus d’amour encore, n’était pas plus heureux. Oh ! que de fois, pour la voir, sous l’habit d’un rude moissonneur, (et il trompait alors tous les yeux), il avait porté dans une corbeille des épis de blé ! Souvent, la tête couronnée de foin nouveau, on le prenait pour un faneur qui venait de faucher l’herbe et de la retourner au soleil ; souvent, l’aiguillon à la main, on eût dit que son bras robuste venait d’ôter le joug aux bœufs fatigués ; courbé sous une échelle, il paraissait aller cueillir des fruits. Il se montrait tour à tour avec la serpe du vigneron, l’épée du soldat, ou la ligne du pêcheur. Enfin, sous mille formes diverses, il goûtait le bonheur furtif de voir celle qu’il aimait. Un jour, la tête couverte d’une coiffe bigarrée, appuyé sur un bâton, les tempes entourées de cheveux gris, sous les traits d’une vieille femme, il pénètre dans les vergers de Pomone. Il en admire les fruits. « Que de richesses ! » s’écrie-t-il ; et en louant la nymphe, il lui donne quelques baisers, comme jamais vieille femme n’en donna. Il s’assied, tout courbé, sur un banc de gazon, et regarde les arbres que le poids des fruits mûrs inclinait vers la terre. Près de lui, un orme spacieux soutenait une vigne d’où pendaient de longues grappes ; il loue cette heureuse union : « Si cet arbre, dit-il, était resté sans compagne, il n’aurait qu’un stérile feuillage à nous offrir ; si la vigne ne se mariait pas à l’orme qu’elle embrasse, on la verrait languir et ramper sur la terre. Et cependant, peu touchée de cet exemple, ô Pomone, tu fuis l’amour, tu ne veux pas t’unir à un époux. Ah ! si tu le voulais, jamais plus de prétendants n’auraient usé de prière auprès d’Hélène, et de celle qui émut la guerre des Lapithes, et de l’épouse d’Ulysse, si audacieux contre les lâches. Et même, en ce moment, où tu repousses avec dédain tous les vœux, que d’amants autour de toi, des dieux, et des demi-dieux, et toutes les divinités des monts Albains ! Mais, si tu es sage, si tu veux faire un heureux choix, écoute les conseils d’une vieille femme qui t’aime mieux que personne, et plus que tu ne le penses : rejette des hymens vulgaires, et prends Vertumne pour époux. Je me fais garant de lui : il m’est aussi connu qu’il se connaît lui-même. Ce n’est point un de ces dieux inquiets, qui courent le monde ; ces lieux seuls ont su lui plaire. On ne le voit pas, comme la foule des amants, ne trouver belle que la dernière femme qu’il a vue ; tu seras son premier et son dernier amour ; seule, tu rempliras son âme ; à toi seule, il a voué sa vie toute entière. Et puis, il est jeune, il est beau ; il peut prendre à son gré toutes les for-