Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/532

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vaincus par le sommeil ; ils marchent aux portes, que Romulus avait eu soin de fermer et de munir de solides barrières ; mais une d’elles est ouverte par la main de Junon elle-même, qui la fait tourner sans bruit sur ses gonds. Venus seule s’est aperçue que le passage est libre, et elle irait le refermer, s’il était permis à un dieu de détruire l’ouvrage d’un autre dieu. Auprès du temple de Janus, habitaient les naïades d’une source glacée ; Vénus implore leur secours, et les nymphes ne peuvent résister à la juste prière de la déesse. L’eau jaillit de toutes les veines de la source ; mais ce n’est pas encore assez pour fermer le passage et rendre inaccessible le temple de Janus. Elles chargent les eaux de soufre ; elles versent un bitume enflammé dans les conduits souterrains ; l’ardente vapeur pénètre jusqu’au fond des plus secrets canaux, et l’onde, tout à l’heure aussi froide que la glace des Alpes, devient aussi chaude que le feu lui-même. Deux jets brûlants fument à la double entrée du temple, et une barrière liquide défend la porte inutilement ouverte aux Sabins. Cependant les Romains courent aux armes, et Romulus les conduit à l’ennemi. Quand la terre est jonchée de cadavres, quand Romains et Sabins, gendres et beaux-pères ont mêlé leur sang dans une lutte impie, la paix vient mettre fin au combat : les deux partis renoncent à faire de l’épée leur dernière raison, et Romulus partage l’empire avec Tatius.

Tatius était mort, et Romulus avait réuni sous une même loi les deux peuples. Mars dépose son casque, et s’adresse en ces termes au souverain des dieux et des hommes : « Il est temps, ô mon père, puisque la puissance romaine est assise sur de solides fondements, et que ses destins ne dépendent plus d’une seule tête, il est temps de tenir envers moi, envers mon fils, tes promesses, d’enlever Romulus à la terre, et de le placer dans le ciel. Jadis, en présence de tous les dieux, tu m’as dit (et ces heureuses paroles sont restées gravées dans mon cœur) : « Un de tes fils sera immortel ; tu pourras l’enlever dans l’Olympe. Tu l’as dit ; que ta parole s’accomplisse ! » Jupiter fait un signe, et le ciel se couvre de noirs nuages, et la foudre, les éclairs font trembler Rome. À ce signe, qui lui permet de ravir Romulus à la terre, Mars, la lance en main, monte fièrement sur son char ensanglanté, excite ses coursiers, franchit en un instant les plaines de l’air, et descend sur la cime couronnée de forêts du mont Palatin. Au moment où Romulus rendait la justice à son peuple, il l’enlève ; la dépouille mortelle du héros se dissout dans les airs, comme la balle de plomb vigoureusement lan-