Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/539

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les métamorphoses

la vieillesse qui décline. L’âge mine et abat ses forces. Tu pleures, vieux Milon, en voyant ces bras jadis égaux à ceux d’Hercule par la vigueur de leurs muscles, pendre aujourd’hui si mous et si lâches ; tu pleures, fille de Tyndare, en voyant les rides de ton visage, et tu cherches la beauté qui a pu te faire enlever deux fois. Temps qui dévore, années jalouses, vous détruisez tout ; tout, rongé par la dent des siècles, se dissout peu à peu par une mort lente.

» Ce que nous appelons éléments n’est pas plus stable. Écoutez-moi ; je vais vous dire quelles sont leurs vicissitudes. Le monde éternel contient quatre corps, principes de tous ceux qui existent ; deux sont pesants, la terre et l’eau, et leur poids les entraîne et les fixe dans les régions inférieures ; les deux autres, l’air et le feu, plus pur que l’air, sont sans pesanteur, et tendent d’eux-mêmes à s’élever. Quoiqu’éloignés l’un de l’autre dans l’espace, tout vient de ces quatre éléments, et tout retourne en eux : la terre se dissout et devient liquide ; l’eau s’évapore et se confond avec l’air : l’air lui-même se subtilise, et il est ravi dans la région du feu. De même, mais dans un ordre inverse, le feu, moins pur, se change en air, l’air en eau, l’eau, fortement condensée, en terre. Nul être n’a un caractère fixe et immuable : la nature ne cesse de détruire et de réparer tout ensemble, et rien ne périt dans cet immense mouvement ; mais tout varie, tout change de forme. La naissance n’est que le commencement d’un nouvel état ; la mort n’en est que la fin. Les innombrables parties du Tout s’agitent, se déplacent ; mais la somme des êtres reste la même.

» Non, rien ne peut subsister longtemps sous la même forme : ainsi, du siècle d’or nous sommes passés au siècle de fer ; ainsi les lieux ont tant de fois changé de face. J’ai vu la mer où l’on avait marché jadis sur un terrain solide ; j’ai vu des terres sorties du sein des eaux. Loin de l’Océan, on découvre des couches de coquillages marins, et l’on a trouvé une ancre sur le sommet d’une montagne. La chute des torrents, d’une plaine fait une vallée ; le mouvement des eaux aplanit les monts ; les marais deviennent des sables arides ; les plaines sèches et brûlées, des lieux humides et fangeux. Ici la nature ouvre des sources inconnues, ailleurs elle en tarit d’anciennes. Que de fleuves les tremblements de terre ont fait jaillir ! Que de fleuves aussi ont disparu dans ces convulsions du vieux monde ! Le Lycus, absorbé dans les entrailles de la terre, reparaît beaucoup plus loin, comme s’il naissait d’une nouvelle source ; le sel qui boit l’Érasin cache longtemps son cours, et finit par le rendre aux