Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/540

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champs d’Argos. On dit que le Mysus, dégoûté de sa source et de son premier rivage, va cou1er dans un nouveau pays, sous le nom de Caïque. Tantôt l’Aménane roule ses eaux chargées de sable, et tantôt son lit demeure à sec. Jadis on pouvait boire les eaux de l’Anigre ; une fétide odeur souille aujourd’hui ce fleuve, où, s’il fallait en croire les poètes, les Centaures seraient venus laver les blessures que les flèches d’Hercule leur avaient faites. Les flots de l’Hypanis, qui sortent des montagnes de la Scythie, au milieu du jour, doux près de leur source, se chargent plus loin de sels amers. La mer entourait Pharos, Antissa, Tyr, la ville des Phéniciens ; elles tiennent aujourd’hui au continent. Leucade y tenait aussi dans les premiers âges ; de nos jours, c’est une île. L’Italie et la Sicile étaient, dit-on, réunies ; mais la mer s’ouvrit entre elles un passage, et entraîna le sol dans ses flots. Si vous cherchez en Arcadie les villes d’Hélice et de Suris, vous les trouverez sous la mer ; et le matelot montre encore leurs ruines submergées. Près de Trézène, la ville de Pitthée, s’élève une colline aux flancs nus, sans ombrage, où s’étendait jadis une longue plaine. Un jour, par un phénomène terrible, le vent impétueux, comprimé dans les entrailles de la terre, essaya de se frayer une issue ; et, dans ses prodigieux et inutiles efforts, pour jouir d’un plus libre espace, sa prison ne laissant pas le moindre passage à son souffle, il tendit et gonfla la surface de la terre, comme on gonfle une vessie ou une outre avec la bouche ; le sol conserva la forme d’une haute colline, et s’est affermi avec le temps.

» Je pourrais ajouter une foule d’exemples que vous connaissez par vous-mêmes ou par d’autres ; je me bornerai à en citer un petit nombre. L’eau produit et subit mille changements. La fontaine de Jupiter Ammon, froide au milieu du jour, devient brûlante au lever et au coucher du soleil ; le bois, jeté dans une source du pays d’Athamas, s’enflamme, dit-on, lorsque la lune est dans le dernier jour de son déclin ; en Thrace, chez les Cicones, l’eau d’un fleuve pétrifie les entrailles, et laisse une couche de pierre sur les objets qu’elle a touchés ; le Crathis, et, dans nos campagnes, une rivière voisine, le Sybaris, donnent aux cheveux la couleur de l’ambre et de l’or ; mais, chose encore plus étonnante, certaines eaux ont le pouvoir de changer, non le corps seulement, mais l’âme elle-même. Qui n’a entendu parler de l’obscène Salmacis, et de ces lacs d’Éthiopie qui rendent furieux, ou qui engourdissent les membres par un lourd sommeil ? Celui qui s’est désaltéré dans la fontaine de Clitorium abhorre le goût du vin, et n’aime plus que l’eau pure. Peut-être y a-t-il dans cette source une vertu contraire à la chaude vertu