Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/114

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voir ce qu’on doit faire, sinon à faire bien ? A quoi sert de connaître sa destination, sinon à l’accomplir ? A quoi bon voir le chemin, sinon à marcher ? Or, pourvu que le voyageur voie à dix pas devant lui, n’arrivera-t-il pas aussi bien que s’il avait tout le reste en perspective ? Pourvu que l’ouvrier sache à chaque heure du jour la tâche qui lui est imposée pour l’heure suivante, n’atteindra-t-il pas aussi sûrement au terme de l’œuvre que s’il avait sous les yeux le plan de l’architecte ? Et ne nous suffit-il pas de connaître notre devoir et notre destinée pour le moment le plus prochain de l’avenir, sans vouloir étendre nos regards jusqu’à l’infini ? Si nous savons ce que Dieu veut faire de nous demain, n’est-ce pas assez, et qu’avons nous besoin de nous soucier de ce qu’il nous commandera dans dix ans, puisque d’ici là il peut nous appeler au repos ? Je ne dis pas pour cela qu’il faille être insouciant et paresseux à suivre une vocation indiquée ; mais je dis qu’il faut se contenter d’en connaître une partie et la poursuivre avec énergie et calme, sans s’inquiéter de ce qui est encore caché.

La pensée de l’incertitude des choses humaines ne doit point briser nos courages et éteindre notre activité elle doit, au contraire, nous attacher plus fort au devoir du présent, en nous convainquant de l’ignorance de l’avenir. Tu trouverais bien de la paix et du contentement si tu pouvais te pénétrer