Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/143

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nuit, et le lendemain il nous a menés visiter ses deux autres maisons de Milly et de Monceaux. Le long du grand chemin, les paysans le saluaient d’un air d’affection ; il les abordait et causait avec eux, leur demandant des nouvelles de leurs vendanges, de leurs intérêts, de leurs familles. Aussi semblaient-ils l’aimer beaucoup, et les petits enfants couraient après lui en criant Bonjour, Monsieur Alphonse! A Monceaux, je trouvai de Pierreclau; nous dînâmes ensemble, et, le soir, nous prîmes congé de notre hôte illustre, et retournâmes dans notre obscurité.

En voilà bien assez, n’est-ce pas ? me voilà bien toujours avec mon fiel qui ne peut couvrir-moins de cent pages ; avec mes admirations immodérées et mes grandes phrases laudatives. Que voulez-vous ? La vie de cet homme m’a vivement frappé, bien qu’avant d’arriver chez M. de Lamartine, j’eusse lu et relu certain chapitre de l’Imitation contre le respect humain, j’étais véritablement fasciné en considérant à quelle hauteur le génie et la vertu peuvent porter une créature comme nous.

Oh ! plus que jamais me sont revenues toutes mes incertitudes, mes ambitions littéraires, le désir de faire du bien confondu avec le désir d’acquérir de la gloire, et cependant la conscience de ma nullité, le sentiment de ma position sociale, et de cette nécessité où— je suis placé de gagner ma