Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/186

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cascades sur un lit de gazon et de mousse ; de tous côtés des touffes de campanules bleues, de larges et gracieuses fougères semblables à des palmiers nains, de grands troupeaux sur les montagnes, des oiseaux dans les bois, et là dans-le vallon, le monastère majestueux et grandiose, les moines au vêtement antique, au visage serein, exprimant dans tous leurs traits le bonheur et la quiétude ; les chants s’élevant à toutes les heures du jour, avec force, avec harmonie les hymnes de la nuit montant vers le ciel à l’heure où les crimes se multiplient et où les vengeances de Dieu se préparent enfin les charmantes chapelles de Notre-Dame à Casaliban, et de Saint-Bruno, avec leurs fontaines et leurs souvenirs de sept cents ans. Je ne sais si cette idée n’est point bizarre, mais la Chartreuse, ainsi placée dans ce creux des montagnes, me semblait comme un nid solitaire où des âmes saintes rassemblées et couvées sous les ailes maternelles de la religion grandissaient paisiblement pour s’envoler un jour au ciel.

La religion, mère pleine de condescendance et de bonté, a réuni autour de ce nid sacré toutes les harmonies de la nature, toutes les grâces de la création. Et c’est chose remarquable que les anachorètes et les moines de tous les temps, en se retranchant les jouissances artificielles de la société, en s’exilant du tumulte et des plaisirs des villes, en traitant durement leur chair, aient toujours re-