Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/213

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l’action, l’autre pour l’étude; l’une pour le tumulte des affaires, l’autre pour la paisible culture des lettres ; et maintenant je me vois fatalement poussé dans la douloureuse alternative d’abandonner l’un ou l’autre de ces deux avenirs que j’avais pensé pouvoir joindre. Ma pauvre tête n’est pas assez vaste pour qu’une pensée y loge sans expulser toute pensée rivale. Voici environ un mois que j’ai travaillé quelque, peu, soit à un examen de droit, soit à ma thèse de littérature que je prépare, et cependant pour avoir voulu me partager de la sorte j’ai fait très-peu de chose.

Jamais les lettres ne pourront m’être un délassement vous avez vu par vos yeux ce qu’il m’en coûte pour écrire. Et cependant, soit amour-propre, soit tout autre motif, je ne puis me résoudre à dire un éternel adieu à ces amies si sévères, qui me font payer si cher leur familiarité. D’un autre côté, je considère que si j’eusse consacré à l’étude exclusive du Droit les facultés que Dieu m’a données, et les cinq années de séjour à Paris que m’ont données mes parents, j’aurais pu acquérir au barreau un rang que maintenant je ne puis espérer d’atteindre. Toutes ces réflexions m’agitent et me tourmentent, et la prochaine nécessité où je vais me trouver de prendre une position définitive, m’accable. J’ai peur de causer bien des peines à mes chers parents, et cependant vous savez s’ils méritent d’être aimés. Ici bien des gens qui me veulent