Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/222

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sans laisser absolument ignorer les jouissances ; où l’on ne peut s’endormir dans l’assouvissement de tous les désirs, mais où l’on n’est pas distrait non plus par les sollicitations continuelles du besoin. Dieu sait, avec la faiblesse naturelle de mon caractère, quels dangers aurait eus pour moi la mollesse des conditions riches ou l’abjection des classes indigentes. Je sens aussi que cet humble poste où je me trouve me met à portée de mieux servir mes semblables. Car si la question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous n’est ni une question de personnes ni une question de formes politiques, mais une question sociale ;si c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop, si c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas ; notre devoir, à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables, et de faire que les uns se dépouillent comme pour l’accomplissement d’une loi, et que les autres reçoivent comme un bienfait ; que les uns cessent d’exiger et les autres de refuser ; que l’égalité s’opère autant qu’elle est possible parmi les hommes ; que la communauté volontaire remplace l’impôt et l’emprunt forcés ; que ta charité fasse ce que la justice seule ne saurait faire. Il est heureux alors d’être placé par la Providence sur un terrain neutre entre les deux partis belligérants, d’avoir dans tous deux ses voies ouvertes et ses intelligences ; sans être contraint,