Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/245

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chacun de nous, auquel il sera —tenu compte de ce que tous auront fait ?

Hélas ! nous voyons chaque jour la scission commencée dans la société se faire plus profonde ; ce ne sont plus les opinions politiques qui divisent les hommes ; c’est moins que les opinions, ce sont les intérêts ici le camp des riches, là le camp des pauvres. Dans l’un l’égoïsme qui veut tout retenir, dans l’autre l’égoïsme qui voudrait s’emparer de tout entre deux une haine irréconciable, les menaces d’une guerre prochaine qui sera une guerre d’extermination. Un seul moyen de salut reste, c’est que, au nom de la charité, les chrétiens s’interposent entre les deux camps, qu’ils aillent, transfuges bienfaisants, de l’un à l’autre ; qu’ils obtiennent des riches beaucoup d’aumônes, des pauvres beaucoup de résignation qu’ils portent aux pauvres des présents, aux riches des paroles de reconnaissance qu’ils les accoutument à se regarder de nouveau comme frères, qu’ils leur communiquent un peu de mutuelle charité, et, cette charité paralysant, étouffant l’égoïsme des deux partis, diminuant chaque jour les antipathies, les deux camps se lèveront, ils détruiront leurs barrières de préjugés, ils jetteront leurs armes de colère, et ils marcheront à la rencontre l’un de l’autre, non pour se combattre, mais pour se confondre, s’embrasser et ne plus faire qu’une seule bergerie sous un seul pasteur : Unum ovile, unus pastor.