Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/364

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hâté le terme, trois fils conservés dans la toi au milieu d’une époque si orageuse, et réunis là par une coïncidence presque providentielle et puis enfin les espérances déjà prochaines de l’heureuse immortalité toutes ces circonstances semblaient rassemblées pour adoucir l’horreur, pour éclairer les ténèbres du trépas. Point de convulsions ni d’agonie, mais un sommeil qui laissait sa figure presque souriante, un souffle léger qui allait s’affaiblissant un instant vint où il s’éteignit, nous nous relevâmes orphelins. Comment vous dire alors la désolation et les larmes. qui éclatèrent au dehors, et cependant l’inexprimable, l’inexplicable paix intérieure dont nous jouissions, et comment le sentiment d’une béatitude nouvelle s’empara malgré nous non-seulement de notre cœur, mais aussi des personnes les plus chères de la famille ; puis cet immense concours aux obsèques, et ces pleurs des pauvres, ces prières faites de toutes parts spontanément, sans attendre nos sollicitations, et enfin, pour revenir à vous, ces charitables empressements de l’amitié, qui s’étonnait sans doute de nous trouver si tranquilles dans notre douleur. Heureux l’homme à qui Dieu donne une sainte mère !

Cette chère mémoire ne nous abandonnera point. Jusque dans ma solitude actuelle, au milieu du marasme qui souvent ravage mon âme, la pensée de cette auguste scène me revient pour me soute-