Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/458

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de vieilles colonnades soutiennent les voûtes des églises modernes ; les débris d’un tombeau s’élèvent tristes et désolés au bord du chemin ou bien un grand pilastre solitaire est resté debout sur le rivage et résiste depuis deux mille ans à l’effort destructeur des vagues et des siècles.

Notre premier jour de voyage nous a conduits au pied de l’ancienne Taormine. À une hauteur qui semble inaccessible se montrent de vieux murs, des sépultures, des vestiges de gymnase et de bains ; et par-dessus tout un magnifique théâtre. La roche même creusée en demi-cercle formait les gradins, qu’on avait ensuite recouverts de marbre. Un double portique était construit au-dessus. En face des gradins était la scène, c’est-à-dire une estrade portée par des soubassements de marbre, et fermée par un mur qui formait le fond et pour ainsi dire la décoration immobile du spectacle. Ce mur orné de corniches et de sculptures avait des niches pour les statues des dieux, des colonnes, et trois grandes portes par où entraient les acteurs. Trente mille personnes pouvaient trouver place dans l’enceinte, bâtie néanmoins avec un art si habile que la voix se fait entendre jusqu’aux derniers rangs. En même temps que l’oreille pouvait ainsi s’enivrer de toutes les harmonies de la poésie et de la musique, on n’avait pas oublié le plaisir des yeux l’horizon embrassait une perspective immense. D’un côté les rivages sinueux et les promontoires de la Sicile,